SANS LES CORSES IL N’Y AURAIT PAS EU DE COLONIES FRANÇAISES.

SANS LES CORSES, IL N'Y AURAIT PAS EU DE COLONIES.

Disait le général Henri Gouraud, héros de l’impérialisme français du début du XXe siècle. 

En effet, le rôle des Corses dans l’empire colonial fut considérable. 

La communauté corse représentait une minorité démographique insignifiante en métropole, mais une concentration disproportionnée dans certaines colonies.

Dans les années 1930, alors que la Corse ne représentait que 0,75 % de la population française, les Corses constituaient 22 % de l’administration coloniale, et une proportion comparable des soldats européens dans l’armée coloniale. 

Selon Stefani en 1950, en Indochine française, les Corses représentaient plus de 10 % des administrateurs de haut rang dans la colonie (et de nombreux planteurs en zone agricole).

Un administrateur ayant servi comme gouverneur en Inde française et en Nouvelle-Calédonie résumait : 

« Si nous avons pu conserver les colonies, c’est grâce à eux. Ils vont partout. Ensemble, ils peuvent remplir toutes les fonctions, du gendarme au gouverneur général. Ils représentent véritablement la province française qui a peuplé les colonies. »

Albert Sarraut, gouverneur de l’Indochine et ministre des Colonies, résumait :

 « Des tropiques aux antipodes, les Corses servent magnifiquement leur pays. »

Les Corses faisaient déjà du commerce en Méditerranée avant l’annexion de l’île par la France en 1768. Cette annexion s’inscrit dans la continuité de l’expansion française, après la perte du Québec et de l’Inde. 

Après 1830, la France se lança à nouveau dans l’expansion coloniale. 

Pourtant, contrairement aux Britanniques, peu de Français émigrèrent vers les colonies. Les Corses, eux, furent une exception : confrontés à la pauvreté, au paludisme, à l’isolement et au manque d’industrie, beaucoup cherchèrent un avenir ailleurs.

Le service de l’État, civil ou militaire, offrait une carrière sûre et valorisante. 

Le journal L'Écho de la Corse et des Colonies (fondé à Alger en 1909) dénonçait cependant la négligence de Paris envers la Corse, contrastant avec l’argent investi outre-mer. 

Des nationalistes corses accusèrent l’État d’avoir transformé la Corse elle-même en colonie, imposant langue, coutumes, et privant l’île de développement.

Malgré cela, la colonisation attira les Corses en nombre, notamment en Algérie, perçue comme similaire à leur île. Des sociétés de secours mutuels (amicales) furent créées, renforçant les liens communautaires. Ces réseaux aidèrent les Corses en difficulté et défendirent leurs intérêts. Des figures corses furent parfois caricaturées, mais les Corses soulignèrent leurs sacrifices : journaux et monuments glorifièrent des héros comme le sergent Casalonga.

Des Corses comme Xavier Coppolani (Mauritanie), Jean-Simon Bonardi (Tonkin, Madagascar, Soudan), ou Jean Nicoli (enseignant à Kayes/Mopti/Sikasso, résistant tué en 1943) incarnèrent l’engagement insulaire.

Nicoli, humaniste et patriote, prônait un enseignement lié à l’histoire locale, corse ou africaine.

La thèse de Toussaint-Jean Stefani en 1950 vantait la place des Corses dans l’empire : en 1939, ils représentaient jusqu’à 38 % des douaniers, 50 % des inspecteurs agricoles, 10 % des inspecteurs d’académie en Indochine. En Tunisie : 25 chefs de commune, 25 juges, plus de 30 directeurs d’école.

Mais la décolonisation bouleversa ce lien : beaucoup de Corses s’opposèrent à l’indépendance de l’Algérie. 

En 1962, 15 000 à 17 000 pieds-noirs d’origine corse se réinstallèrent dans l’île, générant tensions avec la population locale. 

La révolte d’Aléria (1975) marqua le début du nationalisme militant moderne.

La Corse, longtemps actrice de l’empire, se retrouva aussi marquée par les stigmates coloniaux : marginalisation, exode, révolte. 

Elle fut à la fois colonisatrice, colonisée, et relais entre métropole et empire.

Empire colonial global : Environ 230 000 Corses vivaient dans l'empire français (1930).
- 38 % des douaniers, 50 % des inspecteurs agricoles, 25 à 33 % des planteurs d’hévéa en Indochine, etc.
 
- 100 000 en Algérie, 
- 30 000 en Tunisie, 
- 20 000 au Maroc, 
- 50 000 dans les Antilles et Amériques, notamment la Guyane et les Caraïbes 

Indochine française : En 1939, les Corses représentaient plus de 10 % des hauts administrateurs (fonctionnaires, enseignants, planteurs d’hévéa...) 

Madagascar : Les recensements de l’après-guerre (1946) indiquent 160 personnes nées en Corse vivant à Madagascar, majoritairement issues des élites métropolitaines expatriées.

Cette étude ne couvrent pas les diaspora corses en Amérique latine (Porto Rico, Venezuela), nombreux également même si hors empire français.
 
Source : 
- Robert Aldrich. L'île coloniale de la France : la Corse et l'Empire.
- m3c.universita.corsica.

Source photo : Histoire du Sénégal.

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