LE “PARADOXE AMÉRICAIN”.

LE “PARADOXE AMÉRICAIN”.

Ce paradoxe souligne une logique inégale et hiérarchisée d’application des idéaux d’égalité : on libère l’esclave noir tout en érigeant l’“Autre” indigène en ennemi à conquérir ou à assimiler.


Jusqu’en 1861, les États du Sud défendaient le « droit » à conserver l’esclavage, base de leur économie agraire.

Les États du Nord, beaucoup plus industrialisés, s’opposaient à son extension vers les nouveaux territoires.


Quand Abraham Lincoln est élu (novembre 1860), son mandat n’était pas explicitement centré sur l’abolition : il voulait d’abord empêcher la sécession des États sudistes et maintenir l’intégrité de la jeune fédération.


En septembre 1862, Lincoln annonce la Proclamation d’émancipation (effective au 1er janvier 1863) : tous les esclaves des États en rébellion seraient “libres”.

Celle-ci transforme la guerre en croisade morale contre l’esclavage et permet de lever des régiments noirs (environ 180 000 hommes) dans l’armée de l’Union.

« Lincoln abolitionniste ? Oui avec modération. Ami des Noirs ? Non ».

L'Illinois est d'ailleurs un État libre qui refuse que les noirs s'y établissent.

Et Lincoln ne cache pas ses sentiments :

« Je dirai donc que je ne suis pas et que n'ai jamais été en faveur de l'égalité politique et sociale de la race noire et de la race blanche, que je ne veux pas et que je n'ai jamais voulu que les noirs deviennent jurés ou électeurs ou qu'ils soient autorisés à détenir des charges politiques ou qu'il leur soit permis de se marier avec des blanches. […] Dans la mesure où les deux races ne peuvent vivre ainsi, il doit y avoir, tant qu'elles resteront ensemble, une position inférieure et une position supérieure. Je désire, tout autant qu'un autre, que la race blanche occupe la position supérieure. »

 


Dès les années 1830, les États-Unis forcent au déplacement – souvent mortel – les tribus “civilisées” (Cherokees, Choctaws, Creeks, Chickasaws), d’Est en Ouest du Mississippi.

De 1778 et 1871, 389 traités sont conclus avec les tribus, mais ne seront jamais respecté par le gouvernement américain.


Après 1865, l’expansion vers la Californie et les Grandes Plaines s’accélère : troupes fédérales et volontaires massacrent de nombreuses communautés (ex. Sand Creek 1864, Little Bighorn 1876).

 

Les survivants sont enfermés dans des réserves, souvent sur des terres stériles, et « éduqués » de force dans des pensionnats visant à leur « assimilation ».


La population indienne subit une rétraction constante : 600000 personnes en 1800, 360000 en 1850 et 230000 seulement en 1890.

En 1865, elle représente 0,5 % de la population totale, en 1920, 0,2 %.

Cette évolution est moins le résultat des guerres que de l’impact délétère du contact avec les Blancs. Ceux-ci apportent de nouveaux microbes qui déclenchent de terribles épidémies. Ils introduisent l’alcool qui cause des ravages encore pires. Ils accélèrent ou provoquent la disparition du bison, ressource essentielle pour tant de ces populations.

De son côté, la population blanche qui représente presque 4 millions en 1790, s’élève à presque 13 en 1830, à 31 en 1860, 62 en 1890 et 75 en 1900.

 

 

L’abolitionnisme s’enracine dans une tradition républicaine et chrétienne prônant l’égalité civile des Noirs… mais ne s’étend pas aux Amérindiens, considérés comme « sauvages » et obstacles à la « civilisation » blanche.


Le sucre du Sud, le coton, nécessitaient une main-d’œuvre servile ; l’Ouest se dessinait comme un vaste espace à conquérir pour l’agriculture, le bétail, l’or, la voie ferrée… aux dépens de ses habitants “natifs”.


Pendant la guerre, le gouvernement central renforce ses pouvoirs pour vaincre la rébellion.

Après 1865, ce même pouvoir s’exerce pour écraser ou contrôler les tribus — sans que l’opinion publique du Nord trouve cela contradictoire.


La guerre de Sécession (1861–1865) marque un tournant pour les Afro-Américains, mais les grands massacres contre les Autochtones culminent plus tard, dans les années 1870–1890.

Le 14e amendement de la Constitution des États-Unis, ratifié le 9 juillet 1868 vise à protéger le droit des anciens esclaves afro-américains. Il garantit la citoyenneté à toute personne née aux États-Unis (à l'exception des Amérindiens dans les réserves indiennes), et affirme la nécessité de garantir l'égale protection par la loi de tous ceux qui se trouvent sur son territoire.

 

 

Sources :

Photo : Abraham Lincoln en 1860.

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