L'histoire des communautés paysannes de Porto-Vecchio
des origines à la romanisation.

L'histoire des communautés paysannes de Porto-Vecchio des origines à la romanisation.

Imaginons ce golfe de la partie méridionale et son arrière-pays, l'Alta Rocca.

C'est la première réalité géographique, à savoir un territoire de plaines ou de légères collines, celui de la dépression de Figari.

Porto-Vecchio et un arrière-pays montagneux.

C'est la que, vers le 7e millénaire avant notre ère va commencer la plus ancienne aventure humaine de l'île.

Au plan climatique après les grandes glaciations du Würm, nous entrons dans une phase dite préboréale (8200 à 6800 av. J. C.) caractérisée par une amélioration générale du climat.

A ce réchauffement assez sensible de la température, tendance qui se poursuivra durant le Boréal (6800-5500 b.c.) correspond une modification lente de la flore.

Pour la faune, on se rend compte que les familles domestiques, porc, bœuf, mouton, chèvre, et les espèces sauvages ou marronnes ont été introduites par l'homme en Corse, à partir du Néolithique, vers le 5e millénaire av. J. C.

Donc, à la suite d'un grand bouleversement climatique qui correspond à une phase de transition entre les froids du Tardiglaciaire et les prémices du réchauffement Postglaciaire que l'on nomme Préboréal, plusieurs phénomènes vont se produire.

Sur le continent, la modification de la flore qui convenait parfaitement aux troupeaux de rennes que chassaient les hommes du Paléolithique va contribuer au départ de cette espèce qui va pousser vers le nord.

Elle sera remplacée par le cerf, le sanglier, et la petite faune, qui vont trouver dans la forêt naissante un biotope de choix.

L'homme néolithique va non seulement modifier le mode de vie antérieur, mais probablement partir à la recherche de nouveaux rivages. C'est ainsi que nous expliquons la motivation qui va pousser des groupes humains du continent, à la découverte de la Corse.

Au début du 7e millénaire avant J.C. trois groupes humains sont implantés dans 1ensemble Corso-Sarde à Bonifacio, Levie, Saint-Florent.

Les Prénéolithiques. Ces prédateurs vivent de la collecte de coquillages, de la cueillette de fruits sauvages, de chasse et de pêche. La chasse, en 1absence de grands mammifères est réduite à celle des oiseaux et du Prolagus sardus Wagnerle lapin-rat ou Cunigliu topu.

 Ils vont très tôt quitter les zones littorales pour explorer l'intérieur ce qui explique les rapports privilégiés qui existent entre la zone calcaire bonifacienne, et probablement celle du pays de Porto-Vecchio à Figari et le Pianu di Livia.

Ces populations vivent dans des abris sous roche. Ils enterrent leurs morts dans la demeure du vivant selon un rituel commun aux Européens de ce temps. Le seul sujet prénéolithique étudié à ce jour en Corse était allongé sur le dos. Autour, se trouvaient de gros blocs. Le corps était entièrement recouvert par une épaisse couche d'ocre rouge. Le fait qu'il s'agissait d'une personne physiquement handicapée, prouve qu'elle avait été prise en charge, assistée par le groupe humain auquel elle appartenait.

 

 

Vers le 5e millénaire avant J. C. l'on entre dans la phase climatique dite Atlantique (5500-2500).

La température s'est encore élevée et la pluviosité est importante. Ce sont là deux conditions qui favorisent le développement de la forêt.

De nouveau, le sud de la Corse, et la région de Porto-Vecchio vont recevoir les nouveautés qui intéressent le bassin de la Méditerranée. Ce sont en premier lieu des acquisitions économiques, à savoir l'élevage et à un degré moindre l'agriculture qui se développera plus tard.

L'élevage du mouton, de la chèvre et du porc en Corse témoigne :
1. que ces espèces ont été introduites par l'homme, par voie maritime. Cela suppose des embarcations plus importantes qu'on ne le supposait;
2. que ces hommes ont une nouvelle conception économique basée sur la 
production et non plus sur la seule prédation ; certes, ils vont continuer à chasser et pêcher, mais cela constituera un appoint alimentaire ; que des rapports particuliers vont s'établir entre les Prénéolithiques et les Néolithiques.

Acculturation ? Colonisation ? De toute évidence, le nouveau mode de vie basé sur la production de la nourriture se généralise.

Au début de la néolithisation de l'île, les groupes humains s'installent dans les zones littorales, en contact étroit avec la mer. Parfois ils sont dans des abris sous roche qui furent déjà occupés par les Prénéolithiques.

Mais on connaît également des sites de plein air, à Bonifacio, Ile-Rousse, Porto-Vecchio.

On continue à inhumer les morts dans la maison des vivants.

L'abri d'Araguina-Sennola, par exemple, contenait un squelette disposé dans la cendre blanche d'un foyer.

Au plan économique, l'agriculture semble bien modeste au niveau de la néolithisation. De maigres indices témoignent de la culture des céréales. Par exemple, on a mis au jour à Basi un fragment de meule qui atteste une forme de meunerie.

Ces néolithiques seront conduits à conserver tout ou partie de leur production. Ils utiliseront à cet effet des récipients en terre cuite ornés à la coquille de Cardium.

 C'est à partir de ce caractère ornemental de la poterie que l'on a nommé leur culture.

On parlera donc d'un Néolithique Cardial.

Cette mode ornementale se répand progressivement dans toute la Méditerranée occidentale à partir des zones d'invention orientales.

A Porto-Vecchio, la découverte de tessons décorés par impression d'une valve de Cardium illustrent la présence de groupes humains porteurs d'une culture du Néolithique ancien Méditerranéen.

Ce nouveau mode de vie se traduit également par un renouvellement de l'équipement.

Les Prénéolithiques utilisaient des outils taillés dans la roche locale, le quartz et la rhyolite.

Les Néolithiques eux, introduisent en Corse deux roches nouvelles, l'obsidienne et le silex.

La première a la Sardaigne pour origine géographique.

A partir de cette matière première, ils s'équipent en armatures de trait, pièces à coche, éclats et lames.

Vers la fin du 5e millénaire avant notre ère une trentaine de tribus sont connues en Corse et elles couvrent pratiquement toutes les zones littorales.

Dans la région Porto-Vecchio-Bonifacio-Levie va se produire une évolution culturelle importante avec l'apparition du Curasien. 

Cette culture fut définie a partir de la station de Curacchiaghju à Levie.

La céramique que l'on peut voir au Musée départemental de l'Alta Rocca est d'une très grande originalité.

Elle comprend des vases à fond rond, avec ou sans col, comportant des prises forees, surmontées d'appendices de formes diverses. Le décor est constitué par une double ligne de points obtenus par enfoncement d'une pointe à extrémité arrondie, dans la pâte crue et disposés sur la panse du vase. Parfois de petits triangles à champ poinçonné surmontent les deux rangées de points.

L'équipement lithique, exclusivement en obsidienne comporte des pièces à coches, des grattoirs, racloirs et perçoirs, des segments de cercle, ainsi que des armatures à tranchant transversal qui sont des géométriques (triangles trapezes, rectangles). 

Cette culture est parfaitement bien attestée sur tout le territoire qui couvre le sud de la Corse, de Sainte-Lucie de Porto-Vecchio à Tizzano, ainsi que dans 1arriere-pays du Pianu di Livia.

A la fin du 4emillénaire avant J. C. la dépression Figari-Porto-Vecchio va se couvrir de monuments mégalithiques. C'est dans ce pays, que, probablement pour la première fois, les tribus néolithiques vont adopter la mode qui consiste en une inhumation dans des dolmens réalisés au moyen de grosses dalles granitiques.

Aux complexes mégalithiques déjà connus s'ajoute désormais celui de Monte Rotondu, dans le hameau de Petralonga-Filippi, commune de Sotta.

Larchitecture assez complexe de cette nécropole comprend une série de tombes dolméniques cernées par des couronnes de pierres. Entre la tombe proprement dite et le cercle de pierres se trouve une aire non empierrée, sorte de déambulatoire.

Signalons enfin que l'entrée en terre battue s'ouvre sur un espace limité par deux monolithes plantés. Les cercles des autres tombes sont tangents. Ils déterminent ainsi des espaces curvilignes dans lesquels on a dressé un menhir ou construit un petit coffre.

Cette nécropole constitue avec Ciutulaghja (golfe de Sagone) l'un des fleurons de notre patrimoine mégalithique.

Dautres monuments mégalithiques se trouvent dans la région.

Nous citerons pour mémoire Vasculacciu (Salva di Levu), les cercles dits, de Porto-Vecchio.

Quant à ceux du Stabiacciu, Tivulaghju I et Tivulaghju II ils sont détruits.

D'autres, non encore fouillés, sont actuellement inventoriés.

 

 

Comme on peut donc le voir, ces nombreuses tombes mégalithiques, isolées ou groupées en nécropoles, témoignent de la pratique d'un nouveau culte des morts comportant l'édification d'une demeure pour les défunts. Ce rite funéraire se répand au moment même où se développe la culture des céréales. Les groupes humains de plus en plus nombreux du fait de la forte poussée démographique, occupent des sites élevés où émergent des boules granitiques. Ce sont les nouveaux habitats de ces cultivateurs qui occupent en règle générale toutes les éminences : Punta Campana à Sotta, U Monti à Figari, Strapazzola, Cirindinu, San Ciprianu, Cardiccioli, Palavesa, Stagnolu, à Porti-Vecchju.

Les croyances de ce temps sont celles de la Déesse-Mère.

Religion des producteurs de céréales, ces agriculteurs qui confient la graine au sol et attendent de la terre nourricière la fécondité. Le sol de Corse a livré fortuitement quelques exemplaires de statuettes féminines dans lesquelles on reconnaît volontiers la Dea Madre.

Les nécropoles semblent être à la fois des lieux où l'on pratique un rite funéraire nouveau, par rapport à celui du Néolithique ancien et probablement un lieu de culte. C'est la raison pour laquelle nous avons introduit en Corse la nouvelle méthodologie de fouille dite à aire ouverte (open area) des Anglo-Saxons.

Le temps des casteddi

Le deuxième millénaire avant notre ère semble débuter par une phase humide qui s'achèverait vers 1600/1500 avant J.-C«par une humidité très faible », un climat semblable à l'actuel, avec des variations saisonnières comparables à celles de notre temps. Dans l'arrière-pays, de Cagna à Bavella en passant par l'Alta Rocca, la chênaie se développe. L'élevage occupe alors une place importante dans l'économie de production, tout particulièrement avec le porc et le bœuf. Ce dernier, s'il est recherché pour l'alimentation carnée et probablement pour la production laitière, l'est également pour les travaux agricoles. Diverses représentations montrent qu'à l'âge du bronze, notamment, 1araire est tiré par une paire de bœufs. C'est là une pratique culturale en usage dans toute l'Europe occidentale et sans doute en Corse.

A partir de de 1800/1700 avant J.-C., l'arrière-pays de Porto-Vecchio va se couvrir de casteddiNous conservons à ces constructions le nom latin(castellum) dont la tradition orale garde la mémoire, sans doute à partir du Moyen Age.

Les archéologues des années 50 qui ne retinrent qu'un seul élément, la tour, lui donnèrent le nom de monument torréen. Ce nom tiré de la station éponyme de Torre de Porto-Vecchio avait l'avantage de mettre en évidence la torre.

Les travaux que nous avons conduits en Corse depuis 1964 sur les casteddi de Cucuruzzu et de Capula à Levie nous ont permis de mettre en évidence la réalité du casteddu protohistorique.

C'est un complexe, alors que la torre n'en est qu'une partie. Ensuite, et c'est là le fait le plus important, ces constructions ne sont pas attribuables à de pseudo-envahisseurs, les Torréens, alias les Shardanes, mais aux habitants de l'île, les Protocorses auxquels nous donnons le nom de Itorsi. 

Que l'on nous comprenne bien. Il s'agit là du nom donné à une culture protohistorique. Effectivement, l'archéologue désigne des cultures à 1aide de noms tirés de ceux de villes, de propriétés, de personnes. C'est là un privilège qui n'a aucun rapport avec une réalité historique.

Les Korsi sont donc une population vivant dans les casteddi du sud de la Corse et porteurs d'une culture de l'âge du bronze puis, plus tard, de l'âge du fer.

Avec l'arrivée des Romains, ces Korsi vont perdre leur culture, leur langue et devenir ce que les gallo-romains étaient aux gaulois.

Je propose donc que1on donne à ces gallo-corses romanisés, latinisés, le nom de Corsi.

Pour revenir à ces casteddi de l'âge du bronze dont certains, comme Cucuruzzu furent construits vers 1800 avant J.-C., il nous faut tenter, à la lumière des découvertes récentes, de les définir.

Il sagit de constructions dont le plan complexe varie en fonction des productions du territoire sur lequel il est implanté ainsi que de l'altitude. En fait, il traduit les besoins des communautés paysannes dont l'organisation sociale, les croyances, les activités commencent à nous être connues.

Avant d examiner chacun des trois points suivants : l'importance du groupe humain, la nature et le mode d'exploitation du terroir, la situation en altitude et la définition des relations entre ces casteddirappelons que c'est à partir de ceux de Cucuruzzu et de Capula que nous avons renouvelé la problématique de la recherche ainsi que des méthodes d'investigation. Comme les casteddi sont, à notre avis, une réponse apportée par les protohistoriques du sud de la Corse aux problèmes économiques, sociologiques et culturels qui se posaient à eux, les solutions sont donc archéologiques.

L'exploitation du biotope par un groupe humain, numériquement important, doté doutils plus puissants que ceux en pierre des époques antérieures, dominant une technologie avancée, cette mise en valeur de 1environnement, va contraindre les hommes à adopter les nouveautés, en matière de construction, qui se répandent en Méditerranée occidentale aux aurores de l'âge du bronze. Assurer la conservation des graines, la transformation de la matière première en produits manufacturés, la cuisson des produits élaborés, toutes ces fonctions supposent l'existence de lieux protégés où pourront s'effectuer ces diverses opérations.

Les casteddi vont donc comprendre, là où est attestée l'agriculture, des diverticules où se fera la conservation des céréales, des aires abritées propices à la transformation des grains en farine, des foyers protégés destinés à la cuisson des produits élaborés. Les éleveurs auront besoin d'aires d'abattage, de débitage, de conservation de la viande non consommée immédiatement, par salaison pour le porc, par exemple, par boucanage pour les autres espèces. La fonte des métaux dans des moules en pierre sera réalisée sur des foyers en argile cuite. Ce sont là quelques aspects de notre recherche et de l'identification des structures liées à la vie économique du casteddu de Cucuruzzu.

L'abattage des bêtes, la découpe et les diverses étapes de la conservation de la viande avaient pour cadre des abris sous roche privilégiés du casteddu, associés à des cabanes. Nous avons pu grâce à des études paléozoologiques réalisées à partir des os que nous avons recueillis dans les divers niveaux de l'âge du bronze, apporter une importante contribution à la connaissance de l'élevage, de la consommation de la viande et des techniques bouchères de ce temps.

Les travaux paléobotaniques ont mis en évidence la présence de blés : blé amidonnier (triticum dicoccum), blé tendre (triticum aestivo- compactum) et d'orge : orge polystique vêtue (hordeum vulgare). On a trouvé ces grains de blé carbonisés dans les abris sous roche et les diverticules. Avant d'être écrasés dans les meules, les grains de blé étaient torréfiés. D'autres aires et d'autres structures avaient probablement une destination plutôt sociologi­ que, culturelle ou religieuse. Les travaux en cours nous permettront peut-être d'aboutir dans cette direction de recherche.

Le plan des casteddi est fonction de l'altitude. Celle-ci nous semble effectivement déterminante. Les casteddi de la zone montagneuse répondent à des besoins différents de ceux des régions littorales. Du fait du climat, la production varie en qualité et en quantité.

Araghju, par exemple, offre un nombre important de loges de dimensions appréciables. Les denrées stockées et plus précisément les céréales pouvaient être beaucoup plus abondantes qu'à la montagne, car les plaines portovecchiaises ont d'autres dimensions que les petits replats de l'Alta Rocca. Malheureusement on n'a pas, lors des fouilles archéologiques conduites sur ce site, recherché les macro-restes végétaux ou les os, comme nous l'avons fait à Cucuruzzu.

 

 

Dans ce site de 1'Alta Rocca, nous avons identifié des coquillages marins qui mettent en évidence l'existence de rapports entre la « plage » et la montagne. Cela pose le problème des relations existant entre casteddi. 

S'agit-il d'une complémentarité inter-casteddi, fonction des saisons? Existe-t-il une hiérarchie entre casteddi ; un principal et des secondaires ?

L'étude des voies de passage mettant actuellement en relation Sadisè et Araghju, par exemple, Capula-Cucuruzzu avec la région de Figari, Cuciurpula à celle de Sotta, nous invite à voir dans cette connexion entre casteddi, la mise en évidence d'une corrélation qui préfigure celle qui existait au siècle dernier entre ces deux régions.

Le casteddu traduit donc les besoins des communautés paysannes dans le cadre d'une organisation économique, sociale, politique, voire même religieuse.

Qu'il s'agisse de Torre, Araghju, Ceccia, Tappa, Valle ou autre Bruschiccia, tous offrent les mêmes caractéristiques majeures : ce sont des chaos granitiques aménagés. C'est là une première différence avec les monuments du même genre de la Sardaigne, les nuraghi

Le casteddu est donc une agglomération comportant, outre un nucléus monumental avec une torre, un village. Il peut donc prendre divers aspects, en fonction de l'importance du groupe humain, de ses activités, de la localisation (montagne ou « plage »).

La genèse des casteddi doit tenir compte de certaines conditions internes ou externes relatives au modèle, à l'archétype d'une agglomération de l'âge du bronze.

Parmi les premières contraintes, il faut nécessairement citer la présence d une main-d œuvre numérique importante. La construction de murs à partir de volumineux et pesants monolithiques de granite, suppose également la maîtrise d'une technique affirmée quant au levage et à l'assemblage des divers éléments.

De surcroît, on ne saurait imaginer qu'une telle réalisation faisant intervenir à la fois le procédé de l'allée couverte et de la voûte en encorbellement pour assurer la couverture, s'est faite sans l'apport d'un « architecte ».

En conclusion, une population nombreuse, techniquement évoluée et, surtout, parfaitement dirigée sont les conditions fondamentales présidant à l'érection d'un casteddu.

A cet aspect tenant au stade l'évolution des sociétés insulaires méridionales de 1âge du bronze, sajoutent les emprunts aux idées et aux nouveautés de la Méditerranée occidentale. Sans aucun doute, « la mode » dans le domaine de l'habitation est aux constructions cyclopéennes de ce type. Elles répondent à une organisation sociale et à un système de production donnés. Qu'il s'agisse des nuraghi de Sardaigne ou des casteddi de Corse, ces constructions présentent des similitudes indéniables.

Ces monuments insulaires réalisés pour satisfaire des besoins propres aux gens de l'âge du bronze doivent répondre à certaines normes. Mais ils doivent également tenir compte des composantes du site naturel.

En Corse, on trouve toujours cette sorte de connivence entre les données naturelles d'un site et les apports humains. L'aménagement des chaos granitiques en casteddi témoigne de cette harmonie. L'abri sous roche aménagé, Yoriu des plages portovecchiaises ou a sapara des zones montagneuses illustrent cet art d'agencer des sites naturels que possédaient les Korsi.

On ne peut dissocier des problèmes concernant l'habitat et le mode de vie de ceux relatifs aux croyances. Les néolithiques dressaient, près des tombes mégalithiques des menhirs. A l'âge du bronze moyen, on trouve sur les casteddi des statues-menhirs.

Ce sont des monolithes sculptés en ronde bosse évoquant un homme armé d'une épée suspendue par un baudrier scapulaire.

La seule statue-menhir armée mise à jour dans la région de Porto-Vecchio est celle du casteddu de Vaddi.

Un autre monolithe a été exhumé d'un champ, à proximité d'une source et non loin de Torre.

Les statues-menhirs de la Corse posent de nombreux problèmes à la recherche. Toutefois, comme il n'entre point dans notre propos de les présenter dans cette intervention ayant Porto-Vecchio comme cadre géographique, nous n'aborderons qu'un seul aspect : celui de leur répartition. Il faut effectivement souligner la rareté des statues-menhirs sur la façade tyrrhénienne de la Corse.

A ce jour, trois sont repérées : une à Aléria, l'autre à Vaddi de Porto-Vecchio et la troisième à Torre.

Les deux premières sont armées, la troisième non armée est anthropomorphe (plus exactement silhouettée).

 

La tradition orale (ifoli notamment) avait conservé le souvenir des Paladini, maghi et stantari.

 Flottant entre un passé lointain (la protohistoire sans doute) et un passé récent (le Moyen Age ?), ces êtres humains avaient l'avantage de vivre dans les casteddiCes êtres mythiques ou réels se confondent donc avec les habitants de nos sites protohistoriques. Des indications relatives à certaines croyances auraient pu être relevées car elles font partie de ce fonds culturel insulaire. Nous pensons plus particulièrement à l'explication relative aux monolithes plantés (menhirs ou statues-menhirs). Il s'agirait de la pétrification d êtres humains. Cette sanction suprême à laquelle est associée la roche noble, le granite fut reprise par la religion chrétienne qui l'emprunta probablement à cette assise païenne.

Cette civilisation protohistorique des Korsidont nous pouvons tenter de restituer l'histoire va perdurer jusqu'à l'arrivée des Grecs en Corse. Au contact de ces populations porteuses d'une culture historique (les Grecs connaissent 1écriture), les Korsi vont avoir l'occasion d'acquérir de nouvelles techniques, de connaître de nouveaux modes de vie, de s'informer sur de nouvelles religions. Les relations des Korsi et des Grecs semblent avoir été pacifiques et basées sur des échanges. L'archéologie montre toutefois que les insulaires conservent leur culture, leurs structures d'habitat, leur économie, leur religion.

A l'arrivée des Romains, tout va changer. Par la guerre, les Korsi vont perdre leur langue, leur civilisation.

Réduits par la force, ils entrent dans l'histoire porteurs d'une culture latine, celle des Corsi.

François de LANFRANCHI.

 

Source : amalberti. 

CACEL DE PORTO-VECCHIO
AMIS DE LA BIBLIOTHÈQUE ET DU BASTION - 1992

 

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