LA CORSE ET CARTHAGE : PRÈS DE 7 SIÈCLES D'HISTOIRE COMMUNE.
LA CORSE ET CARTHAGE :
PRÈS DE 7 SIÈCLES D'HISTOIRE COMMUNE.
Dès le VIe siècle avant notre ère, Carthage, cœur de l’empire punique d’Afrique du nord, s’affirme comme une importante puissance maritime.
Corse et Sardaigne connaîtront des chemins historiques divergents face à cet essor.
La colonisation punique de la Sardaigne se fait vers 525, soit juste après le départ des Phocéens d’Alalia, qui devient une petite cité étrusque, probablement fréquentée par les navires puniques.
Le traité romano-carthaginois de 508 précise l’interdiction faite aux Romains de s’installer durablement en Sardaigne (Polybe).
Les précisions apportées par Servius permettent d’établir que la Corse constitue une zone tampon entre les deux puissances.
À la chute du Dodécapole étrusque, Carthage renforce sa présence à Alalia en 271 et s’y substitue aux Etrusques, faisant dire à Callimaque que l’île de Corse est une terre phénicienne.
Les commentaires mentionnent d’ailleurs l’existence d’alliances entre Carthaginois et Corses.
La Première Guerre Punique débute dans ce contexte.
En 260, les Carthaginois sont écrasés sur mer.
Dès 259, maître de la Tyrrhénienne, Rome s’empare d’Alalia.
Entre 243 et 241, les succès romains mettent un terme au conflit.
Le traité de paix impose aux Puniques « l’abandon des îles entre l’Italie et l’Afrique ».
Dès 238-237, malgré une tentative de soulever les indigènes (Tite-Live), les perdants sont contraints d’abandonner le sol corse.
L’instabilité persiste et de nouvelles insurrections enflamment l’île en 234 et 231, démontrant la présence sur place de groupes de pression mandatés par Carthage.
Rome crée alors la province de Sardinia et Corsica. Les nouveaux rapports de force établis à la fin du IIIe siècle vont alors atténuer l’influence punique en Corse.
Ce cadre historique se transcrit ici dans les données archéologiques.
A partir du début du IIIe siècle, on assiste à un développement du nombre de fortins sur l’ensemble de l’île, suggérant un épisode d’instabilité politique, que l’on peut mettre en parallèle avec le front insulaire du premier conflit romano-punique.
On ne peut expliquer si l’émergence de ces forteresses répond à des crises internes, si elles visent à se défendre de l’un et/ou l’autre des deux belligérants, si les populations ont pris parti pour Rome ou Carthage, ni sous quelle forme, si ces décisions ont été prises de façon autonome ou unitaire, etc.
L’archéologie montre toutefois que, dès la fin du IIIe siècle av. J.-C., les produits italiques deviennent fréquents, trahissant des rapports commerciaux soutenus entre un monde romain en expansion et un espace indigène déjà inconsciemment en voie de romanisation.
L'élément le plus ancien des vestiges bâtis et matériels phénico-puniques de Corse est une perle en verre bleu proche-oriental provenant d’une sépulture de Cuciurpula dans l'Alta Rocca, datant du VIIe siècle.
Par la suite, monnaies et parures vitreuses sont mentionnées dans la nécropole d’Alalia.
À partir du Ier siècle av. J.C, les productions en céramique ibéro-puniques sont fréquemment introduites sur l’île.
Ce bilan reflète l’image d’une situation en périphérie des circuits culturels et commerciaux carthaginois, profitant de la proximité de la Sardaigne, mais trahit surtout l’influence politico-économique des états italiques sur une île qui n’est distante que de 80 km de la Toscane.
LA LANGUE DES CARTHAGINOIS.
La langue punique, aussi appelée carthaginois, est une variété éteinte du phénicien, une langue de Canaan appartenant aux langues sémitiques et s'écrit de droite à gauche sans voyelles, tout comme le phénicien.
Le punique était parlé au travers de la civilisation carthaginoise en Afrique du Nord et dans plusieurs îles méditerranéennes (Baléares, Sardaigne, Corse et Sicile) par les Puniques entre 1100 et 700 av. J.-C., avec la ville de Carthage dans l'actuelle Tunisie pour centre.
Les Puniques sont restés en contact avec la Phénicie ou ses territoires jusqu'à la destruction de Carthage par la République romaine, en 146 av. J.-C.
Les formules religieuses et les noms puniques sont bien connus, en raison des inscriptions.
La pièce Poenulus (Le petit Carthaginois) de Plaute contient quelques lignes de punique vernaculaire transcrit en latin, prononcées par le personnage du carthaginois Hannon, et permettent, contrairement aux inscriptions, de connaître quelques voyelles de la langue.
Le punique traditionnel utilise un abjad et s'écrit donc sans voyelles.
Saint Augustin d'Hippone est généralement considéré comme le dernier grand écrivain en punique, et il constitue la source majeure de la preuve de la survie du punique au Ve siècle.
D'après lui, la langue punique était parlée dans sa région (province d'Afrique), même après la chute de la Carthage punique, et les gens s'y considéraient toujours comme « chanani » (Canaanite ou Carthaginois).
En 401, il écrit :
« Quae lingua si improbatur abs te, nega Punicis libris, ut a viris doctissimis proditur, multa sapienter esse mandata memoriae. Poeniteat te certe ibi natum, ubi huius linguae cunabula recalent.»
Et si jamais vous rejetez la langue punique, vous faites virtuellement le déni de ce qui a été admis par la plupart des hommes savants, que plusieurs choses ont été sagement préservées de l'oubli, dans des livres écrits en punique.
Non, vous devriez même avoir honte d'être né dans le pays dans lequel le berceau de cette langue est encore chaud.
Le punique a probablement survécu à la conquête musulmane du Maghreb : le géographe d'Al-Andalus, Al-Bakri, décrit au XIe siècle des gens qui parlent une langue qui n'est ni berbère, ni latin ni copte dans l'Ifriqiya.
De plus, il est probable que l'arabisation des habitants était facilitée par le fait que leur langue était proche, les deux étant des langues sémitiques, et avait donc plusieurs similarités grammaticales et lexicales avec l'arabe.
Certaines recherches modernes affirment l'existence d'un substrat punique aux dialectes tunisien et maghrébin en général.
Cette base est évaluée par le linguiste Abdou Elimam à 50 % dans les parlers du Maghreb et de Malte, ce qui contredit le principe selon lequel cette langue serait un dialecte dérivé de l'arabe, et explique en partie la divergence syntaxique qui est observée entre les langues de ce groupe.
Ces recherches sont toutefois loin de faire l'unanimité et contredisent la plupart des linguistes et historiens qui expliquent la divergence syntaxique par un emprunt du berbère, langue mère de presque tous les ancêtres des africains du nord.
Pendant la période où le punique est parlé, il change progressivement sous l'influence des langues berbères anciennes dont le Numide et le Libyque, se différenciant de plus en plus du phénicien.
Au début, il n'y a pas beaucoup de différences entre le phénicien et le punique, mais au fil du temps, Carthage et ses colonies perdent contact avec la Phénicie.
Le punique est alors moins influencé par le phénicien et davantage par les langues berbères locales.
Le terme « néo-punique » réfère à cette modification progressive du phénicien par l'ajout du berbère dans la langue carthaginoise.
Le néo-punique se réfère également au dialecte parlé dans la province d'Afrique après la destruction de Carthage en 146 av. J.-C., à la suite de la conquête romaine des territoires puniques.
Source :
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