LES CORSES EN AMÉRIQUE HISPANIQUE.
LES CORSES EN AMÉRIQUE HISPANIQUE.
Le début de l’aventure des Corses.
Dès la première moitié du XVIe siècle, le continent américain attire déjà certains Calvais et Capcorsins qui s’installent surtout au Mexique, en Colombie, au Panama et en Bolivie, mais ce n’est qu’à partir du XVIIIe siècle que les voyages transatlantiques s’intensifient pour se tarir au début du XXe siècle.
Durant cette période, près de 4 000 Corses, dont 80 à 90 % de Capcorsins, quittent l’île pour rejoindre principalement Porto Rico (environ 49 %), le Venezuela (près de 39 %) ou, en moindre proportion, d’autres pays comme les États-Unis, le Mexique, l’Argentine, l’Uruguay, le Brésil, le Pérou, la Colombie et des îles caribéennes (Saint-Thomas, Trinidad, Haïti, Martinique, République dominicaine) .
Le premier Corse documenté à Porto Rico se nomme Giovan Maria Fantauzzi (1734-1798).
Juan Maria Fantauzzi, son of the first documented Corsican immigrant to Puerto Rico. Date 1 January 1800 Source Own work Author Cabrera26
Les Corses abandonnent leur île pour des motifs économiques.
Face à la pression démographique, aux lois douanières du début du XIXe siècle qui leur sont défavorables, à la concurrence des gros bateaux à voile, puis à vapeur, aux maladies de la vigne comme le phylloxéra, beaucoup de jeunes hommes du Nord sont tentés par l’aventure américaine, d’autant que, si l’on prend l’exemple de Porto Rico, l’Espagne entend favoriser l’arrivée de migrants entre 1815 et 1836 afin de développer son territoire colonial.
Des terres sont ainsi offertes aux nouveaux arrivants.
Les activités des Corses sont diversifiées.
Si beaucoup s’occupent d’exploiter des plantations agricoles (café,canne à sucre, cacao, notamment) ou forestières (hévéas, bois tropicaux), d’élever des bovins, les migrants sont parfois boulangers, architectes, artisans, commerçants ou industriels.
Dans le roman de Jeanne Tomasini, Don Paolo. Un Corse aux Amériques, le départ du jeune Paul Biaggini n’est pas le fruit de contraintes économiques mais d’un ennui profond dans le couvent où son père l’a abandonné dix ans plus tôt et d’un irrépressible besoin d’aventure :
« Paul vivait des moments d’exaltation enthousiaste. Enfin ! Il se sentait exister. Il avait brisé les entraves qui l’attachaient à la fatalité d’un lieu, d’une origine. Il avait tant rêvé de cet envol et voilà que cela devenait une réalité ! Le visage fouetté par le vent du large, il leva la tête, regarda les voiles gonflées qui l’emportaient vers l’inconnu, vers un autre destin. Quelle jouissance ! »;
« L’attrait de l’inconnu abolissait chez lui tout sens critique. Sa curiosité aiguisée, il n’avait qu’un désir : atteindre l’inaccessible. Au-delà de la pourriture, il respirait le parfum enivrant de l’aventure et y puisait le courage de supporter la réalité présente» .
Petru Santu, le frère du protagoniste, pourtant à l’origine du départ de Paul, ne goûte pas le même plaisir :
« Ce nouveau départ, cet éloignement, il les ressentait comme une rupture. L’espoir d’un retour lui paraissait bien mince. Sa vie se partageait en deux. Adieu la Corse et ses rivages paisibles, la vie simple du village ! [...] Quelques jours plus tard, il avoua à Paul, qu’à l’instant où le trois-mâts avait levé l’ancre, il avait reçu : Una stilittata a su cuoreretur » [Un coup de stylet en plein cœur].
LE RETOUR.
Ce sont environ 10% d’émigrés qui rentrent sur leur île.
Certains entendent profiter du reste de leur vie et font construire de grosses maisons bourgeoises appelées palazzi.
Généralement, la construction de ces palais est anticipée quelques mois ou quelques années avant le retour désiré : un ami ou un parent est chargé de superviser l’ensemble des opérations, de l’achat d’un terrain qui, avec le temps, deviendra de plus en plus imposant, à la recherche de l’architecte et des artisans.
Le premier palazzu et sa chapelle privée dédiée à saint Jean-Baptiste auraient été construits sur la commune de Brando (Cap Corse) pour un certain Carlo Ferdinandi qui, après 27 ans passés au Mexique, serait rentré en 1724, tandis que le dernier correspond au château Fantauzzi à Morsiglia (Cap Corse) qui date du premier quart du XXe siècle.
Environ 300 maisons d’« Américains » parsèment la Corse dont près de la moitié sur les dix-huit communes du seul Cap Corse.
Enrique Vivoni Farage, professeur d’architecture à Porto Rico et descendant de Corses, a pu déterminer avec l’aide de ses étudiants, cinq types de palais :
1) les maisons ancestrales, avec remaniements « américains ». Il s’agit de maisons qui existaient préalablement mais qui ont été agrandies et embellies (palazzu Simonpietri, palazzu Ghilfucci, château Piccioni, etc.).
2) Les maisons neuves, de forme traditionnelle (toit à deux pentes). Ce sont des bâtisses construites au XIXe siècle sur un schéma traditionnel (villa Saint-Sauveur, maison Stella, palazzu Medori, etc.).
3) Les maisons classiques (toit à quatre pentes). Appartenant au groupe le plus nombreux, ces palazzi présentent un toit en pavillon et des ornements architecturaux comme des balcons, des terrasses, des corniches, des encadrements de fenêtres (villa Saint-Jacques, palazzu Vivoni, palazzu Padovani, palazzu Nicrosi, etc.).
4) Les variantes académiques. Datés de la fin du XIXe et du début du XXe siècle et marqués par l’influence française, ces palazzi témoignent d’une originalité architecturale dans le plan et les ornements (palazzu Cagninacci, palazzu Giorgi, villa Altieri, etc.).
5) Les immeubles urbains, notamment à Bastia, comme les maisons Agostini et Fantauzzi ou le palazzu Roncajolo.
Parmi ces symboles de réussite, de confort et de luxe, certaines maisons méritent une attention particulière comme la très belle villa Gaspari-Ramelli à Sisco (Cap Corse), une vingtaine de pièces destinées à l’usage du « Vénézuélien » Santos Gaspari (1802-1867) qui ne daigna pas y habiter en raison de son exiguïté [...] ou bien le château Stopielle à Centuri (Cap Corse), dont Michel Nigaglioni a très finement analysé les plafonds peints et les trompe-l’œil muraux .
Construit entre 1875 et 1884 à flanc de colline sur ordre du « Portoricain » Jean-Baptiste Marcantoni (1849-1898), ce palazzu, qui vient d’être racheté par l’office foncier de Corse en 2017, présente des représentations américaines peintes quasiment uniques sur l’île : ici, un blason du Mexique ; là, une représentation de Christophe Colomb ; plus loin, un grand médaillon ovale contenant une allégorie de l’Amérique sous la forme d’un personnage féminin portant plumes multicolores, arc, flèches et un perroquet sur la main droite.
LES TOMBEAUX.
Outre les somptueuses villas bourgeoises et autres palais, les « Mexicains » et les « Corses-Américains » se sont souvent préoccupés de faire construire de magnifiques caveaux familiaux luxueux en forme de chapelle, de mausolée, voire de tombe napoléonienne ou de Taj Mahal dans le cas du tombeau des Piccioni à Pino (Cap Corse), dont les trois coupoles rappellent celles du monument indien.
Concernant les Corses, pour le seul Porto Rico, ce n’est pas moins d’un million de leurs descendants qui se répartissent désormais sur l’île?
Source departement06.
/image%2F2001434%2F20201104%2Fob_63fe6c_juan-maria-fantauzzi-son-of-the-first.jpg)
/image%2F2001434%2F20201105%2Fob_7dad74_don-paolo.jpg)
/image%2F2001434%2F20201105%2Fob_366ad1_almanaccu-di-bastia.jpg)
/image%2F2001434%2F20201104%2Fob_841c92_la-famille-de-giovanni-battista-marcan.jpg)
/image%2F2001434%2F20201104%2Fob_470eb3_dsc02888.jpg)