BASTIA : FERDINAND GREGOROVIUS. VOYAGE EN CORSE. (ÉTÉ 1852)
BASTIA :
 
FERDINAND GREGOROVIUS.
VOYAGE EN CORSE.
(ÉTÉ 1852)
 
 

Cependant le jour arrivait.

 

Quittant alors la -casa du vieux Corse, nous allâmes contempler la mer dorée par les premiers feux du matin.

 

Le soleil levant illuminait les trois îles situées en face de Bastia, l'île d'Elbe, Capraia et la petite Montecristo.

 

La quatrième île de ces parages, c'est la Pianosa, l'antique Planasia, Tibère fit autrefois égorger Agrippa Posthumus, petit-fils d'Auguste.

 

Elle est plate, comme son nom l'indique c'est pourquoi il est difficile de la distinguer d'ici.

 

La vue continuelle de ces trois îles bleues à l'horizon rend les promenades de Bastia doublement agréables.

 

Je m'assis sur les remparts, et de je dominais la mer et le petit port de la ville se trouvaient à peine six navires.

 

Ces brunes falaises, ces collines verdoyantes parsemées de bois d'oliviers, ces petites chapelles sur le rivage, ces vieilles tours génoises sombres et solitaires, cette vaste nappe d'eau brillant de tout l'éclat des couleurs méridionales, enfin l'idée que j'étais comme perdu dans cette île étrangère produisirent sur mon âme une impression ineffaçable.

 

En quittant la citadelle pour chercher pendant le jour un

hôtel convenable, j'assistai encore à une scène d'un caractère

bizarre.

 

Deux gendarmes à cheval, entourés d'une foule nombreuse, conduisaient devant eux un homme attaché à une longue corde, lequel faisait les bonds les plus merveilleux, et imitait tous les mouvements d'un cheval.

 

C'était un pauvre fou qui s'imaginait être un noble coursier.

 

Aucun des assistants ne riait, bien que les gambades de l'infortuné

fussent assez originales.

 

Tous étaient mornes et silencieux et en voyant ces hommes si graves devant le malheur, je me trouvai pour la première fois à l'aise dans leur île, et me dis que les Corses n'étaient point des barbares.

 

Les cavaliers s'éloignèrent avec le fou qui, attaché à sa corde, trottinait par les rues de la ville, portant sur sa figure les marques

de la plus grande satisfaction.

 

Cette manière de se servir de son idée fixe pour le conduire me parut à la fois ingénieuse et naïve.

 

Source : Société des Sciences Historiques et Naturelles de la Corse.

Traduction de P. Lucciana.

 

Source photo : Pinterest.

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