LA PÊCHE AUX NACRES.
LA PÊCHE AUX NACRES.
Donnez-moi le plaisir, Amici mei de Portivecchju et d’ailleurs, de vous rappeler un moment de bonheur et de vous faire partager une fois encore, un merveilleux souvenir : la pêche aux Nacres.
La pêche, en général n’a jamais été une industrie florissante chez nous.
Tout au plus un petit métier pour les rares pêcheurs qui en vivotaient.
Natali U Grecu, il raccommodait ses filets autant avec ses doigts de pied qu’avec sa navette.
Scorbina, qui se contentait du produit de ses nasses.
Santu Coccu, Butarinu, Carulu Branducci, rois des calcineddi, arseddi , pitarozzuli ou autres rasoghji ...
Sans oubier Ceccu Filippi avec Pierrot Biancarelli, Michel Chiocca et combien d’autres…pour lesquels pêcher était plus un loisir qu’un métier...
Pour nous, jeunes oisifs insouciants, sa forme la plus divertissante était la pêche aux nacres, un bonheur.
Nous partions dans l’aube à peine rosée d’un jour de printemps où d’été, avec deux ou trois de ces grosses miches de pain, un peu d’huile, de vinaigre, de poivre, de sel et du vin...
La mer allait bien nous fournir le reste.
Pas de filets, pas de lignes.
Mais sans oublier le sable fin et l’huile - je vous laisse deviner pourquoi.
Avec le pointu de l’oncle Mathieu, "l’Isabelle", hardi et fin comme une gondole et, de la proue à la poupe, une longue perche, u palu ; c’était un manche qui n’en finissait pas…
Avec, au bout de sept ou huit mètres, u farru, un anneau de fer fermé aux 3/4 et fixé à angle droit.
À force de rames, nous arrivions au surplomb des lieux tenus secrets et promis au miracle.
L’eau, sans une ride, était d’une merveilleuse transparence.
Les kaléidoscopes des fonds nous laissaient voir mille reflets de couleurs qui vibraient au gré d’un impalpable courant sur un sable blanc, à peine teinté de l’émeraude des algues fluorescentes.
Et là, des bancs de coquillages, plantés droits, figés, comme des cathédrales, nous attendaient...
Les savants les appelaient Pinna nobilis.
Pour nous, c’étaient des nacres, gnaccari, ces joyaux des fonds du golfe, bonheur des petites sorties en mer que nous faisions, jeunes ou moins jeunes, aux temps heureux où la nature faisait à qui le désirait le plaisir de ses largesses.
Comme elles étaient belles, ces coquilles..., deux valves oblongues, brunes veinées de bistre et ajourées d’un cristal.
L’une à l’autre accolées, ou baillant, rugueuses, finement crénelées sur les bords, au fuseau argenté plaqué de nacre.
Souvent ornées d’une huître ou d’un violet, ces biccè qui nous gonflaient les lèvres.
Un poulpe prédateur les habitait, parfois; je vous dirais pourquoi et comment.
Elles étaient prometteuses aussi, gorgées de pulpe d’huître avec une substance d’un blanc pur, irisé et fluorescent, objet de notre appétit.
Ce blanc de nacre...
Lequel, avec de l’huile, du poivre, très peu de sel et de vinaigre, le pain et le vin, faisaient le meilleur des repas que nous offrait la nature, à même la coquille, en mer et à moindre frais...
Au temps où les plaisirs n’étaient pas ce qu’ils sont devenus.
Sans compter les moments où, la réalité se faisant rêve sur une petite plage de sable fin entre le bleu du ciel, l’azur de la mer et les senteurs du maquis tout proche, avec cet air immatériel et enivrant, portait à la somnolence et aux songes.
Et puis, fini le rêve, il fallait rentrer...
Le soir prolongeait notre émerveillement quand nos rames, en gerbes d’eau de mer, jetaient des myriades d’étincelles dans le sillage de notre barque pour en faire une traîne de lumière.
La pointe de notre clocher, que nous suivions comme une étoile, se détachait de la silhouette obscure du village, jusqu’au moment où, une à une, sortaient ses lueurs pour nous guider vers les deux Ciocci, la rouge et la noire, dangers que l’on doublait crânement...
Alors, s’apaisait l’exquise inquiétude qui nous étreignait à l’approche de la nuit.
Et dans nos yeux demeurait la magnificence d’un spectacle que nous nous efforcions de ressasser de peur de l’oublier.
Ah, mais saviez-vous que depuis bien longtemps se préparait à Porto-Vecchio un met délicieux :
- une tarte aux anchois, faite d’une pâte à pain accommodée de tomates, d’oignons, d’olives, de foie de nacre, etc. passée au four et que l’on appelait... Pitza ?
Laquelle - dit-on - viendrait de Naples !
Simon Grimaldi.
Photo : — Own work et Wim Kristel.

