Pour vous donner, amici mei, un aperçu de ce qui c’est passé chez nous il y a juste un siècle, en 1920, je me fais un plaisir de vous en soumettre la chronologie. Ce récit n’est pas exhaustif, loin s’en faut, mais il vous donnera l’essentiel du cours de la vie de ce temps, vu à la lumière et au sentiments de nos jours.  

1920 – 1er Janvier, à Bastia, un vapeur, le Corte II, débarque une centaine de sous-officiers et soldats du légendaire 173e RI, dans le casernement de la capitale du nord de l’Île, Bastia.

La cité, n’a jamais connu de plus exaltant Nouvel an, souligne Paul Silvani .

 Ce régiment a eu 3 451 officiers, sous-officiers et soldats morts pour la patrie.

Le 5. Vincent de Moro-Giafferi, célèbre avocat bastiais, est élu président du conseil général.

Le 20. Adolphe Landry, député de la Corse (Calvi) est nommé ministre de la Marine nationale du premier cabinet Millerand, ainsi que dans le second cabinet du même président du Conseil, un mois plus tard.

Hélène Landry, fille d’Adolphe, est attachée de cabinet de son père. C’est la première femme accueillie dans un cabinet ministériel.

Antoine Gavini, député, démissionne de son poste de sénateur. Il est remplacé par Jean-François Gallini, maire de Sousse (Tunisie).

Mars. Tour de Corse cycliste, organisé par l’Union Cycliste Ajaccienne : sept cents kilomètres en quatre étapes, du 29 mars au 4 avril.

Mai. « C’est le samedi 15 mai 1920 que le bimensuel A Muvra, Bulletin régionaliste de l’Île de Corse fait son entrée dans le champ clos de la presse corse exilée, avec résidence – provisoire, espère-t-on – à Paris. » Vingt ans d’années de corsisme. 1920-1939. Chronique corse de l’entre-deux guerres par Hyacinthe Yvia-Croce. Éditions Cyrnos et Méditerranée. Ajaccio. Août 1979.

Ainsi commence l’aventure de ce misérable mouflon de Corse, captif désespéré, se cognant sans espoir aux barreaux de fer d’une cage, et qui évoque en son esprit d’autres captifs, condamnés comme lui à l’exil, enfermés dans un cercle infernal d’où nulle espérance ne les dégagera jamais.

Ce nouveau bulletin, quatre pages à trois colonnes, d’un format 32 par 35 cm, a pour directeur Pierre Rocca, pour rédacteur en chef, son frère Mathieu. Les bureaux sont provisoirement installés au domicile du directeur, 5 rue d’Argenton, Paris (9e.)

Son but ? Il est formulé par Pierre Rocca : « Répandre l’idée d’un régionalisme d’avant-garde lancée par A Cispra quelques mois à peine avant le déclenchement du conflit mondial. Créer à la fois un mouvement culturel et politique, qui arrachera à leur léthargie les esprits anesthésiés et qui animera, pour le nécessaire combat, les sacrifiés de la dernière guerre… ».

Petru Rocca valeureux combattant (Légion d’honneur, plusieurs citations...) va consacrer toute son énergie et ses talents de journaliste et d’écrivain à la Corse.

C’est alors que Yvia-Croce écrit : « Il y a une question Corse. Ou la France la réglera, ou elle sera réglée contre elle. »

Corsisme, régionalisme, autonomisme, irrédentisme, nationalisme... toutes ces formes de revendication identitaire du peuple corse, qui plongent leurs racines dans un très lointain passé, vont resurgir sous des formes plus ou moins paisibles, contestataires ou violentes, dès le lendemain de cette guerre.

Avec, invariablement, cet ardent désir de Reconquista, reconnaissance de

l’identité corse.

Et, de nos jours, l’irrésistible aspiration à une large autonomie de facto pour le plus grand nombre, et à l’indépendance, pour d’autres.

4 juin. La grotte Napoléon est classée monument historique par la municipalité d’Ajaccio.

Octave Godard, architecte de la ville de Nice, arrêtera les plans du nouveau site destiné à glorifier le souvenir de l’Empereur dans sa ville. Un ajaccien, riche industriel de la parfumerie moderne, François Spoturno (alias François Coty), financera les travaux.

Septembre. Le 24, Adolphe Landry, président du conseil général et député de la Corse est nommé ministre de la Marine du premier cabinet Georges Leygues.

Il le restera jusqu’au 16 janvier 1921.

Octobre. Le siège du bimensuel A Muvra, est transféré de Paris à Ajaccio imprimerie La Jeune Corse, 2 cours Grandval.

Novembre. L'écrivain et journaliste, Mathieu Rocca écrit, dans A Muvra : « Nous sommes fiers d'être citoyens français, mais nous sommes encore plus fiers d'être patriotes corses. L'admiration que nous vouons à la France, à son Histoire, à sa Littérature, à ses traditions d'honneur et de justice, n'influe et ne peut influer en rien sur l'attachement que nous avons pour la Corse, notre patrie... »

Décembre. Vincent de Moreau Giafferi, chef du parti républicain et membre des Commissions de législation civile et criminelle, des affaires étrangères et des Finances, fera de nombreux rapports et propositions de lois au cours de ses mandatures de conseiller général, député de Corte et sénateur.

Il est question de supprimer l’escale du service maritime de Porto- Vecchio. C’est La Jeune Corse qui l’annonce, un journal dont le directeur est Célestin Caïtucoli, député du parti républicain démocrate corse (PRDC) de Sartène. Cet article fait grand bruit.

Ajaccio, dont Jérôme Peri est maire républicain (de 1919 à 1925) et conseiller général (1922 à 1928), est donné pour 20 000 habitants.

Bastia, qui a pour maire le docteur émile Sari, Landryste, en compte 31 000.

Siméon de Buochberg est maire de Corti ; Adolphe Landry de Calvi. Hyacinthe Quilichini, chevalier de la Légion d’honneur, est maire et conseiller général de Sartè ; Gaston Quenza de Portivechju.

Après le rallye Casamozza-Tavignano-Cateraggio, a lieu, à la fin de cette année, le Circuit international Automobile de la Corse. outre ce grand prix, quatre jours ont été consacrés aux épreuves de vitesse sur le kilomètre lancé aux environs d'Ajaccio, ainsi qu’une course pour voitures de tourisme.

Deux hebdomadaires voient le jour cette année : Le combattant, avec, pour devise : Castigat Ridendo, son directeur est Laurent Malandri, et Le Réveil Corse : Pour l'Île, contre ses exploiteurs !

Il y a, à Paris, deux périodiques : l’un, hebdomadaire politique et littéraire Paris-Corse, dirigé par son fondateur Gaston Colombani depuis 1908, dont Yvia-Croce dit que, ressuscité depuis quelques mois, il se fatigue, pour vivoter, à godiller sur les ondes boueuses des clans. L'autre, est L'écho de la Corse et des Colonies, dirigé par P.O. Poli.

à l’imprimerie de l’Indicateur de la Corse (Paris), parution de la Revue de la Corse. Historique, littéraire, documentaire et bibliographique, cet organe de défense d’une forme de régionalisme prendra plus tard le sous-titre de Revue de la Corse Ancienne et Moderne.

Toujours à Paris, Jacques Busquet publie une importante thèse sur Le droit de la Vendetta et les Paci corses. Influences nationales et extérieures. La répression dans les temps modernes. Chez Pedone, in 8° de 704 pages.

Du même auteur, in Revue de la Corse : Le Rimbecco en Corse, une instigation au meurtre par la vengeance.

François Pietri, alors directeur des Finances du Maroc (sous Lyautey), publie Le compte de la pacification marocaine.

Autres éditions : F. Santoni : Le problème corse et la décentralisation, in Revue de la Corse.

Domenico Spadoni : L’offerta della Corsica all’Italia nel 1915.

La Corse Libre, est un hebdomadaire, organe des intérêts économiques de l’île. Dir. Alexandre Musso. Imp. Piaggi. Bastia.

La Nacelle de Saint François (1920-1968).

La Nouvelle Corse, organe d’intérêts économiques et politiques d’informations corses ; fondé et dirigé par Jean Maki (pseudonyme de Nicolas de Susini), il est vendu 15 centimes.

Film : La Corse pittoresque.

Si cela vous intéresse, je vous donnerais d’autres extraits relatant les années phares de notre passé ou celle qu’il vous semblerait bon de citer.

Simon  Grimaldi. 

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