Photo : Cuciurpula.fr Le portail de la Protohistoire corse et tyrrhénienne

Photo : Cuciurpula.fr Le portail de la Protohistoire corse et tyrrhénienne

A la chute du Dodécapole étrusque, Carthage, de crainte de voir ses positions corses menacées par le développement de Rome, renforce sa présence à Alalia (en 271) et s’y substitue aux Etrusques alors en déshérence, ce qui fera notamment dire à Callimaque que l’île est « terre phénicienne ».

C’est cependant sur le front sicilien que l’affrontement va se concentrer.

En 260, les Carthaginois y sont, contre toute attente, écrasés sur mer.

Dès 259, maîtres de la Tyrrhénienne, Lucius Cornelius Scipion s’empare d’Alalia et la rebaptise Aleria peu de temps après.

Ses troupes entrent ainsi en possession de la Corse entière en même temps que de la Sardaigne, au large de laquelle le général punique Hannon perd la vie.

Les différents commentaires disponibles sur ces opérations, rédigés par les historiens romains, mentionnent l’existence d’une coalition entre Carthaginois, Sardes et Corses.

La victoire de Rome sur cette ligue méditerranéenne constitue la première grande victoire militaire hors sol italien, qui vaudra à Scipion d’obtenir un triomphe.

Entre 243 et 241, les nouveaux succès romains mettent un terme au conflit après un soubresaut punique.

Une trêve est signée ; elle durera 23 ans.

Le traité de paix impose aux Puniques « l’abandon des îles entre l’Italie et l’Afrique ».

Le monde carthaginois sort économiquement affaibli par le conflit et par la perte de la Corse, de la Sardaigne et surtout de la Sicile.

Dès 238-237, et malgré une tentative de soulever les populations locales contre Rome mentionnée par Tite-Live, les perdants sont contraints d’abandonner toute forme de commerce sur le sol corse.

Lucius Cornelius Scipion, Tombeau des Scipion, Rome

Lucius Cornelius Scipion, Tombeau des Scipion, Rome

Néanmoins, l’exploitation optimisée des richesses de l’Andalousie et du Levant hispanique lui permettront de se relever de façon extraordinairement rapide.

En Corse, l’instabilité persiste et une nouvelle insurrection enflamme l’île en 234, démontrant la présence sur place de groupes de pression mandatés par Carthage.

Fait annexe, ces temps connaissent aussi des dissensions au sein de l’armée carthaginoise à propos du partage des butins.

Un texte de Salluste évoque même la désertion d’éléments hispaniques et leur installation dans les villages de Sardaigne et du sud de la Corse.

En 231, à la suite d’une nouvelle révolte matée dans la douleur par Papirius Maso, les Corses sont « chassés des plaines » et Rome crée la province de Sardaigne-Corse (Sardinia et Corsica) sur le modèle administratif de la Sicile.

Caius Papirius Maso En 231 av. J.-C., il est consul. Il remporte une victoire à Mortella, dans le nord de la Corse.

Il élève un temple sur la source de la Pendula, près de Vizzanova, en Corse.

Les Corses se retirent dans les montagnes et infligent de lourdes pertes aux Romains menés par Aulus Papirius Maso, notamment dans le Fiumorbu.

Une paix est conclue, qui accorde aux insulaires, le droit des peuples latins, et un protectorat de cinquante ans.

La Sardina Corsa devient la deuxième province romaine.

 

Reconstitution de l’antique Carthage

Reconstitution de l’antique Carthage

Malgré ce nouveau statut, le temps est aux escarmouches sur plusieurs fronts.

En 225, une flotte romaine chasse des navires puniques circulant au large de l’île.

En 219, une révolte indigène dirigée contre l’occupant secoue le climat politique insulaire.

En 218, les initiatives expansionnistes carthaginoises en Hispanie nord-orientale lancent les hostilités à l’origine de la deuxième Guerre Punique.

Alors qu’Hannibal progresse dans le sud de la Gaule et que les affrontements terrestres prennent plus d’importance que lors du premier conflit, les points stratégiques maritimes sont toujours le théâtre de combats.

Il en est ainsi en 217, lorsque Rome envoie 120 navires déloger 70 vaisseaux puniques des Bouches de Bonifacio, étroit bras de mer séparant la Corse de la Sardaigne.

A cette occasion, les troupes romaines de Servilius Geminus prennent des otages chez les élites insulaires afin de s’assurer leur allégeance.

L’année suivante, alors que les armées du Barcide ravagent le sud de l’Italie, Rome est aux abois, au bord de la famine, et intime au préteur de Corse de subvenir par lui-même aux besoins de la défense de l’île.

Pire, en 215, le pouvoir central demande à Aleria de fournir en vivres la capitale.

Buste trouvé à Capoue, actuellement au musée archéologique national de Naples, et représentant Hannibal selon Theodor Mommsen.

Buste trouvé à Capoue, actuellement au musée archéologique national de Naples, et représentant Hannibal selon Theodor Mommsen.

C’est à partir de 212 que, pourtant dos au mur, les Romains reprennent le contrôle de la situation, en Italie puis en Hispanie.

Entre 212 et 210, quatre convois de soldats romains sont envoyés en Corse pour mater les rebellions indigènes, probablement encouragées par Carthage, et recruter pour la première fois des auxiliaires parmi les populations locales.

En 207, à la veille du transfert du front principal en Afrique du Nord, Rome assure ses arrières : 100 vaisseaux sont mandatés pour renforcer la flotte militaire insulaire ;

des stocks céréaliers sont également réquisitionnés à cette occasion.

En 205, la flotte romaine intercepte 80 navires carthaginois chargés d’approvisionner Hannibal au large de la Corse.

Le conflit prend fin à la suite du débarquement des Romains près de Carthage, en 202.

Le traité de paix prévoit l’évacuation punique de l’Hispanie et des Baléares.

Conséquence directe de la fin de la guerre, la disponibilité en céréales explose et provoque une violente baisse de prix, engendrant une instabilité économique à l’échelle de la République, également ressentie en Corse.

Plan de la bataille de Zama

Plan de la bataille de Zama

La première moitié du deuxième siècle est marquée en Corse par les grandes révoltes indigènes :  

de 181 (2000 Corses tués),

179 (alliance entre les groupes autochtones corses et sardes, 15000 indigènes trouvent la mort, des centaines d’autres sont vendus comme esclaves au rabais sur les marchés continentaux, tributs doublés),

172-170 (7000 locaux passés par les armes),

167 et 163, qui font suite à plusieurs levées d’impôts et seront suivies de redditions intégrant tributs, déportations et destructions de forteresses, plus seulement autour d’Aleria mais à l’échelle de l’île entière.

Dans le même temps, la cité de la côte orientale connaît un certain développement architectural et économique favorisé par le climat de paix relative dans une Méditerranée occidentale presque unifiée.

Menée entre 149 et 146 sur le territoire africain, la troisième Guerre Punique n’aura aucune véritable incidence sur la Corse.

La dernière rébellion indigène d’importance notable, écrasée par Metellus, aura lieu en 111.

Source : Cuciurpula.fr Le portail de la Protohistoire corse et tyrrhénienne

Posté par Kewin Peche-Quilichini dans Archéologie

Retour à l'accueil