MORT DU BANDIT BURESI DIT BIANCO.
MORT DU BANDIT BURESI DIT BIANCO.
Buresi dit Bianco, ce brigand que l'on réputait imprenable, tant par son audace et ses stratagèmes, que par ses nombreuses relations dans les deux arrondissements de Sartene et de Corte.
Le capitaine Virgitti avait été informé que Bianco faisait des apparitions fréquentes dans les environs de Petrto et Bicchisano.
D'après un renseignement précis, Bianco devait entrer dans la nuit du 23 du mois dernier dans la commune de Petreto.
Deux embuscades furent aussitôt formées.
La première, qui servait en quelque sorte d'avant garde, composée du commissaire de police Canazzi, des gendarmes Peri, Piazza et Leonardi, alla se poster au lieu dit Pietra-Lega, qui est à une demi-heure de distance de la commune, et à côté du chemin par où Bianco devait passer.
La deuxième composée du maréchal des logis Angeli, du brigadier Sandamiani, des gendarmes Ducain, Nicolaï, Degiovanni et de monsieur le maire, se plaça à côté de la maisonoù, d'après les renseignements, le bandit devait se rendre.
À onze heures du soir, par une pluie battante et une nuit des plus terribles, le criminel Buresi tombe dans la première embuscade.
À la sommation d'arrêter, il fait feu.
Les gendarmes répondent à cette attaque par une décharge de leurs fusils.
Le bandit riposte en continuant son chemin, par un sarcasme plein de mépris:
" le votre balle son di cera" "vos balles sont de cire"
Mais un peu plus loin, il appelle au secours d'une voix ferme et d'un ton hardi qui contraste singulièrement avec les paroles de détresse qu'il proféra :
"so scompin ! ven te à t'evomi cio ch'agghin a dos, che nun possu mora"
"je suis mort ! venez m'ôterceque j'ai sur mon dos, car cela m'empêche de mourir"
Le bandit entendait parler d'un scapulaire portant l'mage de la Vierge, qui était suspendu à son cou.
Le bandit est malgré, ses crimes, un homme profondément religieux.
En présence des grandes scènes de la nature des fréquents dangers, il se sent de plus en plus près de la divinité.
Beaucoup de bandits très dévots croient, dans leur superstition aveugle, qu'un lambeau de toile portant une empreinte sacrée doit les préserver de la mort, à peu prêt comme les eaux du Styx rendaient Achille invulnérable.
Buresi dans ses angoisses compulsives de la mort, dont il aurait voulu hâter le moment, pour échapper à de terribles souffrances, croyait qu'il ne pourrait rendre le dernier soupir, tant qu'il aurait sur lui l'image de la Vierge.
Aussi, ne pouvant se délivrer lui même, à cause des souffrances que lui causaient se blessures, ils implorait ses ennemis de lui rendre service.
L'embuscade ne se laissa pas attendrir, parce qu'elle craignait que ce fût une ruse de guerre, une pure feinte de bandit, qui, quoique mortellement blessé, était bien capable de céder à une douce tentation de coup de feu.
Deux victimes gisaient à terre, mais l'obscurité de la nuit avait empêché la gendarmerie de constater les dégâts.
Monsieur Corteggianni, le substitut du procureur impérial, se trouvant de transport à Bicchisano, se dirigea aussitôt vers le théâtre de l'événement, suivi de plusieurs personnes munies de lampions, afin d'éclairer le chemin.
Le gendarme Piazza fut trouvé baignant dans son sang.
Atteint d'un coup de fusil à la tête, il s'était affaissé sans exhaler un soupir.
On trouva en outre la crosse du pistolet du bandit, qui avait été brisée par une balle.
Mais ce n'est que vers neuf heures du matin, après de minutieuses recherches, que Bianco, qui; il ya pas longtemps encore, faisait trembler trois de nos arrondissements, a été découvert par des chiens, qu'on avait lancés à sa recherche, dans le maquis très épais, voisin du lieu du combat, retraite inaccessible où il s'était blotti, quoique mortellement blessé, guidé, comme il l'était, par l'instinct tout puissant de la conservation.
Nous ne rapporterons ici que deux traits saillants de sa vie :
Un jour, il tue un colporteur, après l'avoir dévalisé.
Un autre fois, il rencontre le fils âgé de onze ans d'une personne dont il avait eu à se plaindre :
"il y a longtemps que je désirais parler à ton père; mais sa mort est venue l'enlever trop tôt à ma vengeance.
Il est juste pourtant que les enfants payent la dette de leurs parents....... à genoux ! à genoux ! fais ta prière..... je n'en veux point à ton âme ! je veux seulement que tu ailles porter de mes nouvelles à l'auteur de tes jours."
Ni les sanglots, ni les prières, ni les tendres gémissements de l'enfant ne purent adoucir cette bête farouche, qui après lui avoir fait faire le signe de croix, le coucha froidement en joue et déchargea sur la tête blonde le double canon de son fusil.
C'est ainsi que la haine de Bianco poursuivait ses ennemis jusqu'au-delà du tombeau.
Les cadavres de Buresi et du gendarme Piazza ont été transportés au couvent de Petreto.
L'un est mort emportant avec lui l'exécration universelle, pour avoir vécu en guerre ouverte et en hostilité flagrante avec la société.
L'autre a succombé, emportant avec lui les sympathies universelles, pour avoir sacrifié sa vie à son devoir, au repos public et à la sécurité de ses semblables.
Entouré d'un différentes autorités et d'un nombreux auditoire, le capitaine Virgitti a prononcé une touchante et chaleureuse allocution sur le sort de l'infortuné Piazza.
Après l'éloge funèbre, sa pauvre veuve, quittait là présente, est avec une exaltation d'esprit bien marquée se suspendre au cou du capitaine en lui disant :
"bajetimi, o jo capita, perchè ne so digna e lu maritu chi l'ha tombu !"
"embrassez moi, mon capitaine, j'en suis digne, car c'est mon mari qui la tué !"
Le cercueil a été porté à Zicavo, pays natal du défunt, par toute une population qui était venue de loin pour le prendre et le porterez s'arrêtant de village en village, jusqu'à destination.
LE PAYS.
JOURNAL DE L'EMPIRE.
Mercredi 22 novembre 1854.
Source : Gallica. BNF.
