Boswell peint par Reynolds

Boswell peint par Reynolds



Un jeune gentleman écossais fait un saut au milieu de la vie

 




James Boswell, fut, comme on sait, un des ardents défenseurs de la cause des Corse au 18ème siècle, d’abord dans leur lutte contre la République de Gênes puis contre l’annexion par la France.


Boswell, fils d’un aristocrate et magistrat écossais, avait rencontré Pascal Paoli en Corse en 1765, lors d’une étape imprévue de son « Grand tour », ce voyage habituel en Europe continentale des jeunes britanniques fortunés, qui était l’aboutissement de leur formation intellectuelle (beaucoup en profitaient pour visiter autant ou plus les mauvais lieux que les monuments de l’Antiquité et de la Renaissance). 

 Boswell écrivit : « I had got upon a rock in Corsica and jumped into the middle of life » (je suis monté sur un rocher en Corse, et de là, j’ai sauté au milieu de la vie).


A son retour en Grande-Bretagne, Boswell publia son Account of Corsica, qui devait rendre très populaire la figure de Paoli et la cause corse.

Boswell apparut déguisé en « chef de rebelles corses » lors du jubilé shakespearien de Stratford-upon-Avon.

Que la lutte des Corses pour leur liberté se teinte de l’attrait de l’exotisme ne gâchait rien, au contraire.

Il fit tout son possible pour aider les Corses, levant des fonds pour acheter des canons et essayant (inutilement) de convaincre les dirigeants britanniques d’entrer en guerre contre la France au moment de l’annexion de la Corse :

« We cannot be so foolish to go to war because Mr. Boswell has been to Corsica » déclara Lord Holland

(« nous ne sommes pas assez fous pour partir en guerre tout simplement parce que M. Boswell est allé en Corse »).

Lorsque Paoli s’exila en Angleterre après Ponte Novu (1769), il y retrouva Boswell, qui se partageait entre l’Ecosse et Londres et qui essayait (sans succès) de faire son chemin comme avocat.

Boswell lui présenta ses amis, dont le fameux Dr. Johnson (ainsi appelé depuis qu’il avait été nommé, en reconnaissance de son œuvre littéraire, docteur honoris causa de l’université d’Oxford).


Pour le public britannique, Boswell est surtout  le biographe du Dr. Johnson.

Son livre, Life of Samuel Johnson, rempli de respect filial pour le « grand homme » qu’était Johnson, est  devenu un classique de la littérature anglaise – il suffit de se rappeler les sarcasmes que déverse sur ce livre qu’il juge obséquieux et surfait, l’écrivain humoristique de la fin du 19ème siècle, Jerome K. Jerome dans Trois hommes dans un bateau.


Samuel Johnson était une sorte de dictateur des lettres britanniques (c’est lui qui plaça définitivement Shakespeare à la place qui est la sienne), personnage tonitruant et caustique, bien qu’il ait souffert toute sa vie d’une sévère maladie neurologique, qui trouvait le réconfort dans une foi religieuse anglicane sincère et qui, politiquement, était  un conservateur ironique et atypique.


Lors de la première rencontre entre Boswell et Johnson, ceux-ci échangèrent les propos suivants, dans le meilleur style du non-sense britannique :


[Boswell:] "Mr. Johnson, I do indeed come from Scotland, but I cannot help it."


[Johnson:] "That, Sir, I find, is what a very great many of your countrymen cannot help."


« M. Johnson, je suis en effet Ecossais, mais je ne peux pas m’en empêcher »

(le Dr Johnson n’aimait pas, semble-t-il, les Ecossais mais il admettait aimablement que cette prévention était gratuite).


Et Johnson de répondre : « C’est une chose, Monsieur, dont tellement de vos compatriotes ne peuvent pas s’empêcher ! ».

Boswell avait une vie privée très dissolue ; son journal intime (retrouvé en 1920 seulement) ne cache pas grand-chose de ses goûts sexuels dans les bordels et ailleurs et son penchant pour la boisson allait s’accentuer avec les années.


Malgré cela, ou à cause de cela, parce qu’il admirait chez les autres, Paoli ou Johnson, une vie vertueuse et tendue vers un noble objectif, à laquelle il voyait bien que sa nature profonde ne lui permettait pas d’atteindre, Boswell pouvait passer pour un idéaliste (au moins dans sa jeunesse), vantant la supériorité des grands hommes, mais aussi des gens simples qu’il avait rencontrés en Corse : 


« Je passai d'immenses vallons et de vastes forêts. J'étais plein de santé et de courage, et me sentais très disposé à entrer dans les idées des hommes simples et généreux que je trouvais partout sur mon chemin ».

« Je voyais en Paoli mes idées les plus grandes se réaliser, il m'était impossible…d'avoir en le voyant une idée médiocre de la nature humaine »

(citations extraites d’une conférence donnée en 1982 par Dorothy Carrington sur Boswell et Paoli, 

 

Source : comtelanza.canalblog.com

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