*L’histoire ou le droit de choisir.
*L’histoire ou le droit de choisir.
Les pays à régime autoritaire ont donc une vision de l’histoire qui peut nous sembler caricaturale mais la caricature n’est-elle pas déjà une exagération de traits en disharmonie ? Tous les pays, même les plus démocratiques, ont sur certains pans de leur passé des versions qui ne peuvent entrer en interaction avec le passé des autres. Mais qui peut déclarer objectivement « décalée » l’histoire enseignée à l’étranger. On terminera en évoquant des pays culturellement lointains mais qui ont besoin, pour des raisons historiques, d’une histoire en opposition avec les valeurs et certitudes occidentales.
Dans les pays du Maghreb, à l’exception de l’Egypte vieux pays enraciné, le nomadisme est considéré non comme un stade primitif de l’évolution d’une société mais comme le mode de vie qui préserve la civilisation. Il ne s’agit pas d’entrer en opposition avec la vision exactement inverse des occidentaux, ce choix est argumenté. Les Européens au temps de la colonisation ont été beaucoup plus néfastes aux sédentaires qu’aux nomades du désert. Du fait de leur mobilité et de la liberté qui en découlait, ceux-ci ont pu préserver l’islam des origines. Mieux encore, l’Etat n’est pas une fin en soi et surtout pas le stade ultime de la civilisation. C’est au contraire son absence et l’éclatement des pouvoirs en petites unités qui en assure la pérennité[8]. Pourquoi pas ? ….
Quant à l’Afrique francophone elle s’est reconstituée son histoire. Du moins là où elle est enseignée. On étudie l’empire du Mali et le royaume de Ghana en mettant en relief les difficultés que connaissaient à cette époque l’occident chrétien après le délitement de l’empire carolingien. Aucune admiration pour les grands défrichements et le manteau de cathédrales magnifiques qui commence à recouvrir l’Europe. C’est aux yeux des Africains la partie la plus sombre de notre histoire alors que l’Afrique rayonnait. Dans ces pays musulmans la mise en esclavage des Africains par les Arabes est escamotée, mais pas la traite pratiquée par les Européens. Ajoutons que leurs cousins de la Jamaïque apprennent que les Anglais qui les ont amenés d’Afrique en captivité avaient connu bien avant eux l’ignominie de l’esclavage au temps de l’empire romain quand ils n’étaient que les Bretons. L’Africain aussi peut trouver ses sources de réconfort dans l’histoire, et sait choisir seul celle qu’il lui faut.
On ne peut donc que constater que partout dans le monde, l’histoire enseignée, c’est la version officielle du pouvoir. Ce pouvoir évolue et a besoin des historiens pour trouver la version qui le conforte. Parfois il semble que le pouvoir daigne revoir telle ou telle version sous l’influence de certains historiens. A moins qu’il n’ait indiqué la direction dans laquelle orienter leur recherches. Les historiens veulent y voir le signe de la primauté du pouvoir intellectuel sur tous les autres…Est-il permis de douter de leur optimisme ?
Dans les pays libres nous avons le choix entre l’histoire enseignée et celle que nous livrent les historiens en dehors de leur mission pédagogique et qui souvent éclaire ce qui doit rester escamoté. Seule la curiosité pousse certains individus à chercher à en savoir plus. Quand rien n’oblitère notre liberté d’esprit, l’histoire que nous retenons est le choix de la version qui nous agrée en fonction de notre sensibilité. Et cette sensibilité est presque toujours celle de notre ego ou de nos propres intérêts. Est-il étonnant que le pouvoir dominant, qu’il soit politique ou économique ou autre, ne procède pas différemment ?
Une histoire européenne verra peut-être le jour du moins il convient de le souhaiter. Cependant on imagine mal une histoire universelle de l’humanité. Que de choses ne faudrait-il pas passer à la trappe pour concilier toutes les susceptibilités ? A moins qu’un climat de paix généralisé ne permettre d’étaler toutes les versions de toutes les luttes humaines, de toutes les conquêtes et découvertes dont plusieurs peuples revendiquent généralement la paternité simultanément et de tout comparer avec détachement et sans rancunes dans le seul but de s’en amuser….. Il ne faut pas désespérer de l’humanité.