L'AFFAIRE BASTELICA - FESCH.
• Des autonomistes se retranchent à Ajaccio dans un hôtel, retenant des voyageurs •
Les deux " otages " sont dans un " lieu secret "
Le 6 janvier 1980 un commando de 3 hommes armés a pour objectif de kidnapper ou d’assassiner un militant nationaliste.
Tout est prévu et l’action se déroulera à Bastelica, village d’origine de la cible.
Les assaillants appartiennent au groupe FRANCIA.( FRont d'Action Nouvelle Contre l'Indépendance et l'Autonomie )
Cette organisation clandestine anti-autonomiste a déjà commis plusieurs attentats.
Cette fois-ci, la cible est Marcel Lorenzoni militant nationaliste de la première heure, déjà présent lors des évènements d’Aleria de 1975…
En fin de matinée ils traversent le village.
Pas de Marcel Lorenzoni à l’horizon, l’opération est reportée.
C’est alors qu’une trentaine d’hommes encerclent le véhicule.
Les trois membres de FRANCIA sont interceptés.
Le commando “barbouze” était composé de:
- Pierre Bertolini, 55 ans. Ex inspecteur de la Protection Civile à la Préfecture d'Ajaccio, probable chef de Francia.
- Alain Olliel, 35 ans. Gérant d'une armurerie à Ajaccio qui se présente comme militant du SAC et du RPR.
- Yannick Leonelli, qui se présente comme un membre du FLNC infiltré dans Francia et dont le rôle n'a jamais était éclairci. Probablement se serais lui qui aurait averti Lorenzoni de l’opération.
L'État réagit.
Après l'intervention des forces de l'ordre au village de Bastelica le mardi 8 janvier, certains des militants autonomistes qui retenaient en otages trois personnes qu'ils accusent d'être des " barbouzes " se sont retranchés, mercredi à 3 heures du matin, dans l'hôtel Fesch, au centre d'Ajaccio.
Les " prisonniers " ne se trouvent pas avec eux puisqu'ils avaient été évacués de Bastelica la veille avant l'intervention de la gendarmerie et se trouveraient séquestrés dans le maquis.
Les occupants de l'hôtel Fesch, qui retiennent une vingtaine de clients de l'établissement, exigent des autorités la possibilité de réunir une conférence de presse.
Ces événements ont suscité plusieurs réactions d'organisations politiques.
La fédération de Corse-du-Sud du parti communiste dénonce " l'existence de " barbouzes " en Corse révélée par l'affaire de Bastelica " et le fait que " certains fonctionnaires " soient impliqués.
Le parti socialiste, pour sa part, a demandé au préfet " que ne soit pas créée une situation plus grave que celle à laquelle on voulait mettre fin " avec l'intervention des forces de l'ordre à Bastelica.
M. Jean-Marie Le Pen, président du Front national, s'étonne que des citoyens français " soient détenus par d'autres citoyens sans mandat judiciaire ".
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Voici donc qu'au cœur de l'hiver la Corse connaît un nouvel accès de fièvre.
Jusqu'alors, l'actualité y était plutôt estivale, avec le retour au pays des étudiants " exilés " sur le continent.
Pourtant, la dernière " saison " avait été particulièrement calme.
M. Edmond Simeoni avait reconnu " un tassement du mouvement autonomiste ".
À son avis, " en période de crise, les gens se serrent frileusement sous les ailes de ceux qui peuvent les aider ".
Quant au Front de libération nationale de la Corse (F.L.N.C.), qui revendique purement et simplement l'indépendance de l'île, il semblait vouloir " porter la guerre sur le continent ".
Parce que là-bas, de l'autre côté de l'eau, des Corses prennent en otage deux compatriotes qu'ils soupçonnent - peut-être pas à tort - d'être des " barbouzes ", parce qu'ils sortent leurs fusils pour défier l'autorité de l'État et que celui-ci leur envoie ses automitrailleuses, on croit la " guerre " proche, l'affrontement inévitable.
Comment, en effet, ne pas se rappeler le drame d'Aléria au mois d'août 1975 et la mort inutile de deux gendarmes mobiles, victimes du manque de sang-froid de militants insulaires et de l'intransigeance des pouvoirs publics, décidés à en découdre coûte que coûte avec les autonomistes.
Comme s'il suffisait de montrer la force pour résoudre la question corse, autrement plus complexe qu'on ne l'imagine à Paris.
Peut-être faut-il - sans minimiser les risques de " dérapage " que peut connaître l'affaire Bastelica - ramener les choses à leur juste proportion.
Par tempérament, les Corses aiment à extérioriser leurs sentiments, surtout lorsque le respect de la justice leur paraît mal assuré. Eux-mêmes mettent en garde leurs interlocuteurs contre leurs propres excès de langage et avouent être des acteurs-nés : des Méditerranéens.
Au demeurant, la " fierté corse " explique cette propension insulaire à provoquer l'autorité de l'État et à se jouer de ses réactions lorsque celui-ci coiffe le képi du gendarme.
La tradition des " bandits d'honneur " et de la vendetta n'est pas morte.
Même si elle est au service d'une cause qui mérite la plus grande attention.
La forme - souvent contestable - de la revendication corse ne doit pas cacher ce que, au fond, elle a de justifié.
Source : Le Monde. Par JACQUES DE BARRIN Publié le 10 janvier 1980
France 3. ViaStella. Par Lionel Luciani. Publié le 11/01/2019
Source photo : KYRN Unità Nazionale.