LE PETIT PUITS DE PIERRE.
LE PETIT PUITS DE PIERRE.
« Ce qui embellit le désert, c’est qu’il cache un puits quelque part... » dit le Petit Prince.
Dans le désert de béton qu’est devenu Porto-Vecchio, un roncier de la marine abritait depuis quelques dizaines d’années un petit puits de pierre.
De ses lianes acérées, le roncier protégeait contre vents et marées ce survivant d’une époque que l’on voulait révolue.
Celle où les hommes de ce qui n’était encore qu’un village faisaient des potagers pour nourrir leur famille.
Pour ce faire, ils avaient creusé à la pelle une terre ingrate presque aussi dure que la pierre qui devait leur servir à consolider les parois de cet édifice sacré.
Celui-ci en offrant l’eau de vie aux hommes et aux plantes reliait par la même occasion les trois niveaux du monde, le chthonien, le terrestre et le céleste.
( chthonien : Dans la mythologie grecque, relatif aux divinités infernales ou telluriques, c’est-à-dire souterraines, par opposition aux divinités ouraniennes ou éoliennes, c’est-à-dire célestes.)
Cette lunette astronomique de pierre dans laquelle devait se mirer la lune pleine attirait sans nul doute quelques bons esprits lorsque les portes du monde s’ouvraient à la connaissance de l’Invisible.
Combien d’histoires ont dû se raconter à propos et aux abords de ce puits ?
Du temps où il était en activité, en voyait-on le fond ?
La vérité s’y trouvait sans doute déjà, mais elle devait prendre la forme narrative d’un trésor gardé par quelque dragon, histoire d’éviter aux garnements de tenter d’y voir de plus près.
À la tombée du jour, des ombres le fréquentaient. Était-ce des amoureux, des fées ou des sorcières ?
Nous ne le saurons jamais, car ce roncier qui cachait à la vue des bulldozers la présence de ce rebelle au bois dormant a été éliminé ces derniers jours afin de réaliser un parking bien plane et goudronné, ne souffrant aucune irrégularité.
Ses bourreaux n’ont laissé voir le jour au puits que quelques heures.
Ceux qui ont eu la chance de le contempler alors, resplendissant d’une nouvelle jeunesse sur une terre rafraichie, n’ont pu entendre ses dernières volontés.
Il a été décapité à l’aube par des engins ne comprenant pas la langue de la terre et de la mémoire des hommes.
Ceux qui les ont missionnés ont très certainement une grande idée du développement économique hors-sol, mais ils ont perdu le sens des choses simples et essentielles qui relient les hommes à leur terre, à leur mémoire, à la poésie et à la beauté.
Ils ignorent également que le patrimoine bâti et la culture rapportent bien plus que quelques places de parking.
Oups !
Pardon !
J’ai employé le mot « culture ».
Source : Don-Mathieu Santini.
Photo : Puits et forages.
