OKLAHOMA  22 AVRIL 1889 : THE LAND RUN.

OKLAHOMA  22 AVRIL 1889 : THE LAND RUN.

Histoire anniversaire : 22 avril 1889.

Le jour où 50 000 colons s’installent sur les terres indiennes

Washington autorise les colons américains à s’emparer chacun de 64 hectares sur le territoire indien de l’Oklahoma.

Le 22 avril 1889 est le jour de l’une des plus grandes spoliations de terre jamais organisées légalement.

Ce jour-là, 50 000 fermiers, employés, maquereaux, bandits, cordonniers, crève-la-faim, cow-boys, spéculateurs… s’abattent comme un vol de sauterelles sur le territoire indien de l’Oklahoma avec la bénédiction du gouvernement des États-Unis.

Plusieurs westerns hollywoodiens évoquent cette première distribution gratuite de terres.

Près de 800 000 hectares !

Quand ils s’élancent à bride abattue, ces milliers d’hommes et de femmes poussés par la pauvreté et l’espérance d’une vie meilleure.

L’un des plus grands génocides de l’histoire de l’humanité et pire encore celui-ci continue tranquillement.

Les amérindiens sont parqués principalement dans des zoos réserves au états-unis d’Amérique.

Le cinéma des années soixante en a fait des barbares sauvages qui agressaient les pauvres colons esseulé dans leurs forts… ce qui est assez loin de la réalité historique.

Aujourd’hui leur seul droit est de conserver le silence.

Avant l’arrivée des colons, huit millions d’Amérindiens vivaient parmi soixante millions de bisons (Carl et Lewis traverseront des troupeaux s’étendant sur plus de 20 kilomètres) et deux millions de loups sur un espace de 9.364.000km carré, actuel États-Unis d’Amérique..

Soit six bisons par km carré, un homme par 2 km carré et un loup par 5 km carré.

Et de nos jours :

  • Quelque centaine d’amérindiens.
  • Quelques milliers de loups (traqué sans cesse).
  • Dix-mille bisons.

S’il est certain et reconnu que les maladies intégrées involontairement par les colons en Amérique causèrent la majeure partie des morts amérindiens, le regroupement, la déportation et l’exécution de tribus entières, qui ne figurent dans aucun manuel d’histoire, est responsable d’un nombre de morts ahurissants, oubliés.

Les Anglo-saxons n’ont jamais pensé que les Amérindiens pouvaient être “utilisables”.

Ils les considéraient comme des adorateurs de Satan, des sauvages qui ne pouvaient pas trouver de salut au sein de la toute puissante Église, aussi leur extermination pure et simple, fut adoptée, petit à petit :

« comme la seule politique acceptable ».

David E. Stannard écrivait :

“des milliers d’Indiens furent assassinés, sans relâche, escarmouche après escarmouche.

Des centaines d’autres furent aussi assassinés au cours d’empoisonnements de masse, planifiés avec une habileté et une traîtrise ignoble.

Un grand nombre d’amérindiens furent capturés au cours de véritables battues, à l’aide de chiens de meute et des Mastiff. »

Les bisons sont massacrés pour leurs fourrures et pour priver les amérindiens de leurs principales sources de nourriture.

Jusque dans les années 1830-1840, l’Ouest des États-Unis demeure le domaine des Indiens.

L’honteuse déportation des tribus amérindiennes de l’Est par les troupes américaines vers le « Territoire indien » (une bande de terre au centre des USA « accordée » aux amérindiens) marque le peu d’intérêt que les colons européens portent à cette région jugée trop aride pour être cultivé.

Tout change en 1848 avec la découverte de l’or en Californie (où là aussi de nombreuses tribus vont disparaître, exterminées pour la folie de profit des colons).

Depuis les grandes villes de la côte Est des USA, des dizaines de milliers de colons vont s’élancer vers l’Ouest.

S’en suivront de nombreux accrochages avec les peuples amérindiens qui habitaient les grandes plaines des États-Unis.

Ces accrochages vont se transformer en de véritables guerres avec l’envoi des troupes américaines, envoyées par le Congrès américain pour protéger l’avancée de leurs colons.

Ces guerres vont se terminer en 1890 par un triste et célèbre massacre :

Le massacre de Wounded Knee, où plus de trois cents Sioux-Lakotas désarmés vont être massacré par les mitrailleuses Hotchkiss du 7e régiment de Cavalerie.

Les morts (hommes, femmes et enfants) dépouillés de leurs vêtements, sont jetés dans une fosse commune.

S’il est vrai qu’aucun des camps n’eut jamais le monopole de la terreur et des crimes, une simple comparaison des pertes subites par chacun des deux « camps » suffit à comprendre l’ampleur du désastre.


Le génocide culturel, qui s’accompagne par la disparition total des rites indiens, est lui reconnu de tous.

THE LAND RUN.

Quand ils s’élancent à bride abattue, ces milliers d’hommes et de femmes poussés par la pauvreté et l’espérance d’une vie meilleure n’auront pas une pensée pour les Indiens qu’ils s’apprêtent à dépouiller de leur territoire.

Ils n’ont qu’un seul objectif en tête : mettre la main sur un lopin de terre pour nourrir leur famille.

Le principe du Land Run est simple : les premiers arrivés seront les premiers servis.

Chacun a le droit de s’emparer d’un carré de terre de 160 acres (64 hectares).

Les amis n’existent plus

Quand, sept semaines plus tôt, le président américain signe le décret autorisant l’opération, des milliers d’hommes en chariot, en train, à cheval et même à pied convergent vers le territoire de l’Oklahoma.

Ils viennent du Nord, du Sud, de l’Est et de l’Ouest pour s’entasser en bordure de la terre promise dans l’attente du signal.

À Fort Reno, les soldats font mettre sur une même ligne quelque 10 000 colons qui s’élancent droit devant eux quand le coup de canon retentit à midi.

C’est une mêlée indescriptible.

Des centaines de fouets claquent simultanément pour stimuler les chevaux attelés aux buggys et aux chariots.

Les cavaliers pressent leurs éperons contre le ventre de leur monture.

Ceux qui n’ont que leurs pieds pour avancer se motivent mentalement.

La journée sera dure.

Les centaines de chariots bâchés d’une toile blanche soulèvent un nuage de poussière rose qui enveloppe la masse grouillante.

Fini, les sourires, chacun est tendu vers son eldorado.

Les amis n’existent plus, il faut avancer, c’est une question de vie ou de mort.

Parmi les conducteurs de chariots, quelques femmes se sont glissées, ce ne sont pas les moins déterminées.

On aperçoit également quelques Noirs, mais très peu.

Cette même ruée frénétique observée à Fort Reno se répète tout autour du territoire.

À Caldwell, c’est aussi dix mille pionniers qui s’élancent avec avidité.

Oublié, l’atmosphère de franche camaraderie de la veille.

Dans le camp improvisé, on avait organisé des parties de base-ball, d’autres se défiaient à la course à pied.

Certains préféraient assister à un service religieux organisé par des pasteurs.

Durant toute la nuit, on avait bu et chanté autour des feux de camp "Oh, Joe, here’s your mule".

Aujourd’hui, on tuerait père et mère pour s’emparer d’un coin de terre afin d’y faire pousser des haricots ou paître un troupeau de vaches.

Le 18 mai, le journaliste William Willard Howard publie un article relatant avec enthousiasme cette journée :

"Avec son aspect pittoresque, la ruée sur la frontière à midi, le jour de l’ouverture, devrait rester dans l’histoire comme l’un des événements les plus marquants de la civilisation occidentale."

Il ajoute avec une immense fierté :

"La dernière barrière de la sauvagerie aux États-Unis a été pulvérisée."

Tous ne veulent pas se faire fermiers, beaucoup guignent un emplacement dans les futures villes.

Ils veulent un terrain pour ouvrir un bar, fonder une banque, créer un magasin général.

Ils rêvent de devenir shérif, barbier, pute ou encore journaliste.

Ils plantent donc leurs jalons dans les sites réservés.

Ainsi, la ville de Guthrie surgit du néant en un après-midi.

Les rues sont tracées, les lots sont revendiqués et une municipalité est même désignée.

Quand la nuit s’abat sur la cité fantôme, dix mille feux s’allument, représentant autant de foyers.

Il en va ainsi à Norman, Oklahoma City et Kingfisher.

Tous n’ont pas attendu le signal pour s’élancer dans la réserve.

Un grand nombre de tricheurs se planquent sur place depuis plusieurs jours en tentant d’échapper aux ratissages des soldats.

On les appelle les "sooners", un surnom qui restera aux habitants de l’Oklahoma.

La confrontation entre les "boomers" (ceux qui sont partis au signal) et les "sooners" (ceux qui ont précédé le signal) déclenchera nombre de bagarres et de procès.

Au cours des années suivantes, cinq autres ruées sont organisées par le gouvernement américain, poursuivant le dépeçage de cette réserve indienne où trente tribus (cherokee, creek, cheyenne, comanche, apache, chickasaw, choctaw, séminole...) chassées du reste du continent nord-américain avaient trouvé refuge depuis 1817.

En 1905, les Blancs se sont emparés de la quasi-majorité des terres.

Deux ans plus tard, le 16 novembre 1907, le territoire de l’Oklahoma entre dans l’union en tant que 46e État.

Source : finalscape.com et Frédéric Lewino et Gwendoline Dos Santos mosaikhub.com

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