J’ai passé mon enfance dans une Corse qui, intégralement assistée, ne croyait pas en elle et vivotait.
J’ai été aussi marqué, dans ma vie, par mon arrière-grand- mère du côté de ma mère, et ma grand-mère paternelle.
Bon élève, j’avais quelques amis, sans plus.
Mon père, ancien adjudant-chef, était gaulliste.
Je me rappelle les messes de Noël et plus particulièrement la crèche vivante. Débutant comme simple berger, j’ai vite grimpé dans la hiérarchie pour atteindre le niveau Saint Joseph.
Je m’étais particulièrement entraîné pour éviter la liaison dans l’expression « en hâte ».
Je me suis progressivement détourné de la religion.
Je n’ai que deux certitudes aujourd’hui : j’existe mais ne maîtrise pas la situation. Cette vie incontrôlée est tellement intense que je ne crois pas en la mort.
L’évacuation de la finitude est motivante.
Collégien, je fus très privilégié par les circonstances, faisant partie de ces jeunes pionniers mâles qui ont débarqué au Collège de jeunes filles, nous appelions ainsi l’actuel collège Giraud à Bastia.
Puis direction le lycée Marbeuf.
Il en allait ainsi dans la Corse de mon adolescence, tout y était pathétique.
À seize ans, j’ignorais, comme la quasi intégralité de mes camarades, que la Corse avait été indépendante, et, à fortiori, qu’elle s’était dotée d’institutions démocratiques dans une Europe des monarchies absolues.
Nous nous moquions des Créoles auxquels on faisait croire que leurs ancêtres étaient des Gaulois alors qu’aucun druide n’a jamais foulé notre propre sol.
Nous, lycéens externes, étions condescendants avec ces villageois internes qui persistaient à parler, entre eux, le dialecte corse.
Le français étant la langue de la promotion, ma génération a été la première à subir la plus humiliante des épreuves.
Il est difficile de soigner les blessures d’une telle dérive.
Sur un plan économique, la dépendance était déjà totale.
L’État a généreusement irrigué ces réseaux clientélistes et cédé à tous leurs caprices.
Dans un tel environnement, 1968 a été salutaire.
Mais le vrai choc se produisit en 1969.
Nous partîmes cinq cents mais, par une prompte dérobade, nous n’étions plus qu’une poignée à rester sur place.
Ce fut mon premier contact avec les forces de l’ordre.
Je n’étais pas au bout de mes émotions.
Excellent élève dans le primaire, j’étais moins mobilisé dans le secondaire.
On me demande, fréquemment, si je jouais aux Échecs dans ma jeunesse.
Le rami et le poker étaient des activités plus populaires.
Mais la belote était déjà le jeu le plus pratiqué.
Vous commencez à subodorer que mon adolescence a plutôt été orientée vers les loisirs.
Je ne vais pas le dissimuler alors que j’ai la prétention de, presque, tout vous dire sur mon cheminement politique !
Je dois être digne de votre confiance.
Et pourquoi se priver du souvenir de tels moments d’insouciance, avant une tempête qui soufflera durant de longues et douloureuses années ?
Finalement mon adolescence s’est déroulée dans des conditions rares, sans doute les plus confortables depuis le début de l’humanité.
Parce que nous vivions pendant les Trente Glorieuses, dans une île d’une grande beauté, et en Europe de l’ouest.
C’était déjà le gros lot pour que ce spermatozoïde puisse l’emporter devant des centaines de millions de candidats.
Mais, qu’en plus, sa sélection ait lieu en Corse dans les années 50... fallait qu’il soit sacrément veinard !
2 Régiment de parachutistes d'infanterie de marine
3Organisation Armée Secrète, composée de civils et de militaires opposés à l’indépendance de l’Algérie et responsables de nombreux attentats et assassinats.
4 Taquinerie entre amis.

