NAPOLÉON BONAPARTE : SES SÉJOURS EN CORSE.
NAPOLÉON BONAPARTE :
SES SÉJOURS EN CORSE.
Napoléon Bonaparte va faire six séjours sur l'île de Beauté.
En voici les dates :
Le 15 septembre 1786, le Lieutenant en second Napoléon Bonaparte, qui a quitté Valence quinze jours auparavant pour un premier congé, débarque à Ajaccio.
Il va y séjourner en famille durant près d'un an, puisqu'il en repart le 11 septembre 1787.
Le 1er janvier 1788, c'est en provenance de Paris que Napoléon arrive à Ajaccio.
Il va y rester jusqu'au 31 mai de la même année, date à laquelle il part pour Auxonne, en Bourgogne, où son régiment est en garnison.
Après avoir quitté Auxonne le 9 septembre 1789, Napoléon débute un nouveau séjour insulaire le 21 septembre ; ce sera le plus long puisqu'il va durer jusqu'au 30 janvier 1791.
Le 17 octobre 1789, Napoléon est chargé par les révolutionnaires d'Ajaccio de rédiger une adresse à l'Assemblée Constituante.
Il la compose dans les jours suivants et le 31 octobre 1789, à l'occasion d'une réunion politique qui se tient en ville, il la fait signer par les assistants, au nombre d'une quarantaine, parmi lesquels son frère Joseph et Charles-André Pozzo di Borgo.
Le document prie l'Assemblée Nationale de « rétablir les Corses dans les droits que la nature a donnés au pays », dénonce la commission intermédiaire des Nobles Douze et le régime militaire qui s’oppose à la formation de la Garde Nationale, exprime la crainte d’être remis sous le joug de Gênes et demande que la Corse soit réunie à la nation française devenue libre :
« Le fruit de nos impositions est consommé par des aventuriers qui ne viennent dans notre pays que pour s’enrichir… Vous nous délivrerez d’une administration qui nous mange, nous avilit, nous discrédite ».
Le 2 novembre 1789 (le 5 novembre selon Patrick Guenifey et Roger Iappini), il se rend à Bastia [Bastìa], siège du gouvernement de l'île, pour faire appliquer en Corse les décrets de l'Assemblée Nationale.
Il s'y entretient avec les officiers municipaux et, peut-être, avec les futurs meneurs de l'insurrection qui aura lieu peu après (le 5, le 6 ou le 7 novembre selon les sources) au sujet de l'établissement d'une Garde Nationale.
Des témoins le voient distribuer des cocardes tricolores.
Le vicomte Charles Armand Barrin de la Galissonnière, gouverneur de l'île, lui intimant l'ordre de quitter Bastia, Napoléon s'exécute.
Le 30 novembre, l'adresse rédigée par Napoléon est lue à la tribune de l’Assemblée Nationale, et, le même jour, Honoré-Gabriel Riqueti de Mirabeau fait voter un décret rattachant la Corse au Royaume de France et autorisant Pascal Paoli et ses partisans à rentrer d'exil.
A l'annonce de ce décret, Napoléon accroche au fronton de la Casa Bonaparte une banderole enthousiaste et sans ambiguïté : « Evviva la Nazione ! Evviva Paoli ! Evviva Mirabeau ! ».
Le 26 décembre 1789, Hubert Casimir Rousseau de la Férandière, le commandant d'Ajaccio, dénonce Napoléon au ministre de la Guerre comme fauteur de troubles, dans les termes suivants :
« Cet officier a été élevé à l'École militaire, sa soeur à Saint-Cyr et sa mère comblée de bienfaits du gouvernement ; il serait bien mieux à son corps, car il fermente sans cesse ».
Napoléon, souhaitant que les canons de la citadelle, tournés vers la ville, soient démontés, lui écrit avec le soutien de tous les membres de la municipalité :
« Nous ne doutons pas de votre attachement à la Constitution ; cependant nous ne pouvons moins faire que de vous faire observer que si vous rejetiez notre demande, laquelle n'est autre que de mettre la citadelle dans la situation où elle se trouva toujours en temps de paix, nous ne pourrions guère nous empêcher d'avoir comme un soupçon, qui laisse à présumer que vous êtes en correspondance avec des personnes intéressées dans la conservation des places fortes de France pour quelque événement que ce soit ».
La Férandière obtempère et démonte les canons.
Napoléon se rend du 11 au 20 avril 1790 au couvent Saint-François d'Orezza [Cunventu San Francescu d'Orezza], où il accompagne son frère Joseph, député de l'Au-Delà-des-Monts [Pumonti] pour un Comité supérieur.
En ce même mois d'avril, Napoléon est l'auteur d'un manifeste appelant à chasser les Français d'Ajaccio [cette lettre est perdue].
De ce fait, début mai [et non en juillet comme parfois rapporté], en se promenant en compagnie de Philippe Masseria, lieutenant de Pascal Paoli, et de Charles-André Pozzo di Borgo, il est assailli par une bande qui l'accuse d'avoir appelé au massacre des Français.
Un cousin de Napoléon originaire de Bastelica, Nunzio François Costa, parvient à mettre en fuite les agresseurs.
Au printemps 1790, il obtient par l'intermédiaire de son oncle Joseph Fesch de faux certificats de baptême pour Joseph et lui, aux fins de vieillir son frère pour qu'il puisse se présenter aux élections à la municipalité.
Le 17 juillet 1790, Joseph et lui vont acclamer Pascal Paoli (Pasquale de Paoli) qui débarque à Bastia, et obtiennent de lui une entrevue quelques semaines plus tard, mais les deux frères en reviennent déçus, du fait de divergences de points de vue.
Du 9 au 27 septembre 1790, Napoléon retourne au couvent Saint-François d'Orezza pour la consulte qui met en place la nouvelle administration départementale, donnant tous les pouvoirs à Pascal Paoli.
Le 6 janvier 1791, le club patriotique d’Ajaccio, sis U Borgu [au n° 44 de l'actuelle Rue Fesch], demande au lieutenant Napoléon Bonaparte de stigmatiser par écrit la lettre à Pascal Paoli que le député Matteo Buttafoco (Matteu Buttafocu) avait fait distribuer en octobre 1790 dans les couloirs de l’Assemblée Nationale, dans laquelle il traitait Paoli de Machiavel et de charlatan politique ;
Napoléon s’installe aux Milelli pour la rédiger.
Le 23 janvier, Napoléon donne lecture au club patriotique
de la "Lettre de M. Bonaparte à M. Buttafocu, député de la Corse à l’Assemblée Nationale" : …
« Ô Lameth ! Ô Robespierre ! Ô Pétion ! Ô Mirabeau ! Ô Barnave ! Ô Bailly ! Ô La Fayette ! Voilà l’homme qui ose s’asseoir à côté de vous tout dégouttant du sang de ses frères, souillé par des crimes de toute espèce… Il ose se dire le représentant de la Nation, lui qui l’a vendue, et vous le souffrez !… ».
Cette lettre sera imprimée à Dôle le 15 mars et dès le lendemain Napoléon en expédiera des exemplaires en Corse, en particulier à Pascal Paoli.
Le 30 (ou 24 ?) janvier 1791, Napoléon quitte la Corse pour rejoindre son régiment à Auxonne.
Un nouveau séjour en Corse débute pour Napoléon lors de son arrivée à Ajaccio le 1er octobre 1791.
Napoléon a l'intention de postuler à un grade d'officier supérieur au sein d'un des bataillons de volontaires départementaux récemment créés.
Le 4 janvier 1792, il est nommé adjudant-major d'un bataillon des gardes nationaux d'Ajaccio par le général Antoine François de Rossi, commandant par intérim la division militaire de la Corse.
Napoléon y reste jusqu'au 13 février 1792, puis il se rend à Corte [Corti] via Bocognano [Bucugnà], à la mi-février 1792.
A la suite d'élections mouvementées entre le 28 et le 31 mars, Napoléon devient le 1er avril 1792 lieutenant-colonel en second du deuxième bataillon de la Garde Nationale pour les districts d’Ajaccio et Tallano [Tallà], élu au détriment de Jean Péraldi (issu d'une riche famille ajaccienne) et de Mathieu Pozzo Di Borgo, frère cadet de Charles André.
De violents affrontements entre les volontaires et la population ajaccienne se produisent les jours suivants, envenimés par la volonté des premiers d'occuper la citadelle de la ville, ce que refuse son commandant le colonel François Charles de Maillard.
Le jour de Pâques, le 8 avril, au cours d'une émeute consécutive à dispute lors d'une partie de quilles, le lieutenant de volontaires Rocca-Serra, se tenant aux côtés de Napoléon devant la cathédrale, est tué par un révolté.
Le lendemain, c'est un ecclésiastique de la famille Peraldi qui est mortellement blessé par les gardes nationaux sous les ordres de Napoléon.
Il semble que ces dramatiques événements soient à l'origine de la haine sans faille que Charles André Pozzo di Borgo vouera à tout jamais à Napoléon.
Napoléon se rend à nouveau à Bocognano les 13 et 17 avril pour y rencontrer les commissaires du département, Arrighi et Cesari, puis va avec son bataillon séjourner à Corte du 18 avril au 9 mai 1792.
Le 10 mai, il embarque à Ajaccio pour le continent ; en effet, encouragé par son frère Joseph à quitter l'île de Beauté, il doit aller à Paris se défendre contre l'accusation d'avoir été l'un des principaux responsables des troubles d'Ajaccio.
Après avoir reçu l'ordre de reprendre son commandement en Corse, Napoléon débarque à Ajaccio le 15 octobre 1792 en provenance de Toulon.
Après quatre jours dans sa ville natale, il se rend à Corte, où il séjourne du 21 octobre au 13 décembre 1792.
Du 15 décembre 1792 au 17 février 1793, il séjourne à nouveau à Ajaccio.
Napoléon se rend ensuite dans le sud de l'île en vue du projet de débarquement en Sardaigne organisé par Pascal Paoli à la demande de la Convention.
Il est à Bonifacio [Bonifaziu] les 18 et 19 février, puis embarque sous les ordres du colonel Pierre-Paul Colonna de Cesari Rocca (Pietro Paolo Colonna Cesari della Rocca) en vue d'attaquer l'archipel de la Maddalena.
Le 22 février il débarque sur l'îlot San Stefano et installe les trois canons dont il a la responsabilité face à la Maddalena.
Le 24 il fait bombarder le village.
Mais le lendemain le colonel Colonna Cesari, qui doit faire face à une mutinerie sur l'un de ses bateaux, la corvette "La Fauvette", donne l'ordre d'évacuation et de retraite, laissant sur l'îlot les trois pièces d'artillerie du lieutenant-colonel Bonaparte ...
Le 26 et le 27, la petite flotte mouille dans le Golfe de San Amanza [Sant' Amanza]
Le 28 février, c'est le retour à Bonifacio.
Le 1er mars 1793, Napoléon rédige une protestation relative à l'échec de l'expédition, le coeur rempli « de confusion et de douleur ».
« Nous avons fait notre devoir et les intérêts comme la gloire de la République exigent que l’on recherche et que l’on punisse les lâches traîtres qui nous ont fait échouer. »
Début mars, place Doria, il est victime d'une tentative de meurtre par des marins de "La Fauvette".
Le 14 mars, il écrit au colonel Colonna Cesari, l'assurant de son d’amitié et promettant d’éclairer l’opinion sur les événements de Sardaigne.
Napoléon reste à Bonifacio jusqu'au 17 avril 1793.
A noter toutefois que sur la maison où il a résidé, rue Piazzalonga [numéro 7 de l'actuelle Rue des Deux-Empereurs] une plaque commémorative indique que Napoléon y a séjourné du 22 janvier au 3 mars 1793.
Du 18 avril au 2 mai 1793 il est de retour sur Ajaccio et sa région.
Le 27 avril, il déjoue une tentative d'assassinat sur la route des Iles Sanguinaires [Ìsuli Sanguinarii].
En mai 1793, la situation politique en Corse est telle que la famille Bonaparte doit préparer sa fuite d'Ajaccio devant la menace des partisans de Pascal Paoli.
Le 3 mai, Napoléon part pour Bastia en compagnie de Nicolas Farinacci, un berger de Bocognano, mais, poursuivi par les Paolistes, doit rebrousser chemin à Corte, où il trouve refuge chez la famille Mancini, puis Ucciani.
Dans ce village, il est hébergé par le maire Joseph (Ghjaseppu) Poggioli, qui l'escorte le lendemain avec des partisans jusqu'à Ajaccio.
Napoléon reste du 6 au 8 mai dans la ville qui l'a vu naître, caché dans la maison Il passe par Arca de Vivaria, et Bocognano qu'il atteint le 4 mai.
Le 5, il y est arrêté par les Paolistes mais réussit à s'enfuir.
Il passe par Corsacci, Tavera de son ami Jean-Jérôme Levie, maire d'Ajaccio.
Le 9 mai il prend la mer vers le nord de l'Ile de Beauté, atteignant Macinaggio [Macinaghju] le 10, puis Bastia où il rencontre les commissaires de la Convention Antoine Christophe (Cristofanu) Saliceti et Jean-Pierre Lacombe-Saint-Michel.
Il y reste jusqu'au 22 mai, logeant chez le maire Jean-Baptiste (Ghjuvanni Battista) Galeazzini.
Le 23, Napoléon, Saliceti et Lacombe-Saint-Michel embarquent avec 300 hommes pour tâcher de s’emparer d’Ajaccio.
Ils passent par Saint-Florent [San Fiurenzu] puis redescendent sur Ajaccio et mouillent dans le petit port de Porto Provenzale dans le golfe de Lava [Golfu di Lava] du 29 au 30 mai.
Entretemps, dans la nuit du 23 mai, Letizia Bonaparte, ses enfants et son frère Joseph Fesch échappent de peu au saccage de leur maison par des paolistes venus de Corte.
Ils fuient vers les Milelli, mais le lieu n'est pas très sûr et ils doivent partir à travers le maquis et les marécages le lendemain, pour rejoindre Napoléon, lequel a échoué dans sa tentative de prendre Ajaccio, à la tour de Capitello [Torra di Capiteddu] au sud-est de la ville.
Selon certaines sources, à la tour de Capitellu toute la famille monte à bord des bateaux venus de Bastia, qui les conduisent à Calvi où ils arrivent le 4 juin.
Selon d'autres sources, Napoléon reste sur place jusqu'au 2 juin, avant d'appareiller pour les rejoindre.
A Calvi, Napoléon et les siens sont hébergés par son parrain Laurent Giubega.
Ils y séjournent jusqu'au 11 juin 1793, date à laquelle ils s'embarquent pour Toulon.
Le 1er octobre 1799, de retour de l'expédition d'Egypte, le général Napoléon Bonaparte à bord de la frégate Muiron mouille au port d'Ajaccio après quarante-quatre jours de traversée.
Cette escale, nullement planifiée, est due à un coup de vent qui force la petite escadre (deux frégates et deux chébecs) à s'y réfugier.
Il débarque le lendemain et se rend dans la maison familiale, où il loge dans la chambre du deuxième étage dite "à l'alcôve".
Il assiste à un bal organisé par Joachim Murat, puis se rend aux Milelli avec celui-ci et le reste de son état-major (comprenant, entre autres, les futurs maréchaux Jean Lannes et Louis-Alexandre Berthier et le contre-amiral Honoré Joseph Antoine Gantheaume), pour y chasser.
Napoléon profite de la présence des savants Gaspard Monge et Claude-Louis Berthollet, pour étudier sur place les possibilités de captation des sources du vallon de Lisa aux fins d'alimenter Ajaccio en eau potable.
Le 5 octobre, il quitte discrètement la Casa Bonaparte par une trappe située dans l'une des chambres, et rembarque sur la Muiron, qui appareille pour Fréjus.
Napoléon Bonaparte ne reviendra plus jamais sur son île natale, ne la voyant qu'au loin lorsqu'il voguera vers l'île d'Elbe, et au retour de celle-ci.
Source : Napoléon & Empire.







