C’est une façon de parcourir toute l’histoire très compliquée de la Corse conquise, tour à tour, par une série de puissances extérieures, plus ou moins généreuses et de voir comment cette famille a eu des relations avec tous ces occupants successifs : grecs, aragonais, génois, français.
On remonte donc, par le biais de l’histoire de cette famille, aux conflits qui ont vu s’affronter chrétiens et musulmans, à l’intérieur de la Méditerranée, les grandes divisions du Moyen Âge, l’époque moderne avec ses guerres la colonisation, la décolonisation, les revendications identitaires aujourd’hui.
Comme l’affirme clairement l’auteur, le livre se veut une chronique du monde vu par le prisme d’une famille corse.
Les Colonna d’Istria traversent ces périodes mouvementées comme ils peuvent, entre audace et compromission face aux conquérants.
Les premiers habitants à porter ce nom apparaissent à la fin du XVIIème siècle.
Auparavant, Istria est d’abord un château dans la région du village de Sollacaro, dans la vallée du Taravo et de la région de la Rocca.
Les Colonna d’Istria partent d'Ugo della Colonna, compagnon de Charlemagne ! Plus proche de la légende que de l’Histoire, considéré comme Comte de Corse.
On saute ensuite à Vincentello, 600 ans après, qui passe sa jeunesse à la cour de Barcelone.
Le XVème siècle est le siècle des malheurs, des famines, des pirates et des guerres.
Il incarne la résistance à Gênes, représente la voix aristocratique, la terre des seigneurs.
Vincentello, né vers 1380, se déplace dans toute la Corse, rentre à la cour de Barcelone, à celle de Naples, il est reçu comme un prince en Toscane.
Il se bat en Italie.
C’est un corsaire opposé à Gênes, il décide la construction de la citadelle de Corte pour contrer les génois et contrôler une partie de la Corse en plein milieu du territoire génois.
Le roi d’Aragon le soutient dans ses opérations contre Gênes.
Il termine tragiquement sa vie, est fait prisonnier et conduit à Gênes.
Avec lui, c’est une occasion manquée d’associer la Corse à l’Aragon : après la mort de Vincentello le parti aragonais ne parvient plus à trouver de chef en Corse.
Sont aussi présentés des personnages romanesques comme Orso Alamano, le comte Arigo Bel Messere Guglielmo ou Giudice di Cinarca, tous seigneurs de la Corse du Sud ou plus tard Mateo Vazquez de Leca qui appartient à la famille, ecclésiastique qui servira d’intermédiaire pour la libération de Cervantès, prisonnier des barbaresques à Alger !
On voit par exemple le fils de Vincentello épouser vers 1500 la fille d’un riche marchand génois.
De 1511 à 1728 la Corse est administrée par Gênes, directement ou par l’office de Saint Georges, créancier préoccupé essentiellement par les finances.
Puis c’est l’épisode de l’indépendance avec Pascal Paoli.
C’est en 1768 lorsque la Corse devient française que la pratique du nom patronymique se généralise et que d’Istria est choisi comme nom par les membres de la famille.
L’histoire des Colonna nous permet donc de naviguer entre l’histoire de la Méditerranée la chute de Constantinople, l’arrivée de l’office du Saint-Georges à Gênes, le royaume d’Aragon, la révolution française, la conquête française qui marque le début de l’histoire contemporaine.
Le texte dresse un bilan très lucide du rapport de Gênes avec les Corses et les notables.
La deuxième partie, plus documentaire, concerne l’histoire des Istria à l’époque moderne et donne des précisions sur les membres de la famille à travers leurs différentes fonctions politiques, économiques, religieuses, sociales, littéraires.
On change de monde : la liste de tous ces Istria est impressionnante et montre leur puissance : magistrats, hommes politiques, médecins, évêque, paysans, avec là aussi des personnages hauts en couleur comme la comtesse Dora d’Istria au XIXe siècle ou Madeleine Huilliet d’Istria, auteure de plusieurs ouvrages consacrés à l’histoire de l’art ou François Colonna d’Istria, professeur agrégé de philosophie.
Toutes les disciplines sont représentées et la liste fournie en annexe complète ces informations : elle donne une liste des Colonna d’Istria d’aujourd’hui, qui exercent dans tous les domaines, 400 personnes en tout.

Robert Colonna d’Istria, Une famille corse, 1200 ans de solitude, Terre Humaine Plon, 2018, 396 p., 22 € 90 (15 € 99 en version numérique)
Source : diacritik.com
Source photo : Généanet.
