En 1913, Porri tente de relancer Le Pilori et endosse à nouveau l’habit de moraliste et de redresseur de torts, mais sans recueillir le même succès qu’autrefois.

 

Puis on le retrouve à L’Union républicaine, nouvelle version, où il fait campagne contre Célestin Caitucoli, candidat malheureux radical-socialiste pour lequel il avait pourtant pris partie en 1909.

 

À cette occasion il fait une fois de plus amende honorable et avoue s’être trompé sur le personnage, comme il s’était trompé pour les intransigeants qu’il avait contribué à faire élire en 1886 et comme il s’était également trompé en participant à la conclusion du pacte de Vichy entre les grandes familles en 1892.

 

À première vue, on peut être déconcerté par ce qui fait figure de volte-face mais en réalité, en faisant la part des reniements et des démentis imputables à un tempérament violent et passionné, Sampiero Porri n’a pas véritablement dévié du socle de son idéologie éminemment républicaine.

 

Héritier par sa famille paternelle d’un profond attachement à la Révolution et à l’Empire, émule des vieilles barbes de 1848 et des opposants républicains au Second Empire dont il se réclamait régulièrement, son expérience sartenaise au début des années 1880 l’a conforté dans cette voie en lui inspirant la défiance à l’égard des grandes familles qu’il qualifiait volontiers de « réactionnaires », mettant en doute régulièrement la sincérité de leur ralliement à la République bien qu’il ait oeuvré à plusieurs reprises, mais avec bien des déboires, à leur intégration dans le nouveau régime en bon artisan de la républicanisation de la Corse.

 

Tenté par l’expérience corsiste, il en est revenu précisément pour rester fidèle à ses aspirations républicaines incompatibles avec un processus de dépolitisation et de repliement sur soi-même.

 

Attiré également un temps par l’aventure socialiste, il s’en est détourné aussi, sans doute parce qu’il la jugea utopique ou trop doctrinaire.

 

Sincèrement ouvert pourtant au mouvement ouvrier et sensible aux difficultés des petites gens, il adhéra à

l’idée d’une République sociale et c’est sur ce concept humaniste qu’il finira par se caler à l’aube du XXe siècle : le républicain indépendant comme il a longtemps aimé se désigner pour se démarquer des courants dominants où il ne se retrouvait pas, rejoignit le positionnement de son ami Joseph Balesi en attendant de devenir l’intime compagnon de route d’Adolphe Landry radical-socialiste qui allait s’imposer dans

l’entre-deux-guerres comme le leader de la gauche insulaire.

 

Sampiero Porri qui l’a bien connu et qui l’a estimé lui légua en quelque sorte « son » canton de Bastelica

comme un fief électoral bien amarré à gauche.

 

73 Suivre le parcours apparemment atypique de Sampiero Porri, personnage influent et attachant, c’est retracer, à la lisière de la vie politique et de l’opinion publique, une page de la lente et chaotique républicanisation de la Corse entre 1870 et 1914.

 

La place de Porri est mineure au cours de la Grande Guerre qui lui a néanmoins permis d’afficher cet autre trait du « capital républicain » : l’indéfectible attachement à la patrie.

 

Au lendemain de la guerre, notre homme s’éclipse peu à peu de la scène publique ; il décède en 1926 alors que monte au firmament insulaire l’étoile d’Adolphe Landry avec lequel il avait tant d’affinités !

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