TOMBE ÉTRUSQUE D'ALERIA.
TOMBE ÉTRUSQUE D'ALERIA.
 
Les premières analyses en laboratoire révèlent des surprises.

 

L’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) a réalisé au cours des derniers mois plusieurs fouilles importantes en Corse.
 
Parmi elles figure une découverte majeure, celle d’une nécropole romaine et étrusque à Aleria.

 

Cette fouille d’archéologie préventive a permis de mettre notamment au jour une exceptionnelle tombe étrusque de la fin du IVe siècle avant notre ère.
 
Très riche, celle-ci contenait un mobilier de prestige.
 
Plus de deux cents objets ont été inventoriés.
 
Aujourd’hui l’étude continue en laboratoire et se révèle surprenante.
Vue depuis la chambre funéraire des escaliers et du couloir de l’hypogée (daté du IVe siècle avant notre ère). Au premier plan, la défunte autour de laquelle ont été retrouvés différents mobiliers d’accompagnement dont deux skyphoi (vases) consolidés in situ avant d’être prélevés. © Roland Haurillon, Inrap

Vue depuis la chambre funéraire des escaliers et du couloir de l’hypogée (daté du IVe siècle avant notre ère). Au premier plan, la défunte autour de laquelle ont été retrouvés différents mobiliers d’accompagnement dont deux skyphoi (vases) consolidés in situ avant d’être prélevés. © Roland Haurillon, Inrap

Au cœur de la tombe en hypogée, la défunte reposait sur le dos, tête inclinée côté gauche et les bras le long du corps.

Elle était parée d’une paire de boucles d’oreille d’or, de deux anneaux et or et alliage cuivreux aux doigts.  


La défunte était entourée d’une quarantaine de récipients en céramique.

Près de sa tête, les archéologues ont trouvé, à gauche, deux grands skyphoi – sorte de gobelets à grandes anses – et, à droite, une petite cruche (lécythe aryballisque).

Le long de la jambe droite, se trouvent un autre skyphos et trois œnochoés (cruches à vin) décorées de visages féminins.

Toutes ces céramiques peintes sont des productions d’Étrurie et sont datées du IVe siècle avant notre ère.

Deux vases à parfum (des alabastres) reposent sur les pieds de la défunte et, à leur gauche, des petites coupes à vernis noir, deux miroirs en bronze et un askos (vase à versoir latéral) à tête noire ont été entassés.

Enfin, une dizaine de coupes de diverses formes et différentes tailles est alignée le long du flanc gauche de la femme.

L’étude de ce mobilier exceptionnel, dont la conservation a fait l’objet d’une attention toute particulière permettra de mieux comprendre les pratiques funéraire étrusques. 


Fouille en laboratoire et tomodensitométrie 

Après la fouille, le prélèvement, le nettoyage et la stabilisation du mobilier, débutent l’étude et la recherche, ce que les archéologues appellent « la post- fouille ». 


La découverte de cette tombe exceptionnelle et l’état de conservation de son mobilier ont engendré un ensemble de mesures et d’études singulières afin de faciliter la fouille des céramiques et des sédiments qu’elles contenaient.

Afin également d’éviter tout effet de surprise et de préserver les éléments restés invisibles lors du prélèvement des vases dans la tombe. 


Vingt-deux céramiques dont les œnochoés et les skyphoi ont fait l’objet d’analyses par tomodensitométrie.

Cette technique de scanner profond par rayon X rend compte, de manière non-intrusive, des différents éléments et matériaux qui composent un amas dense et en restitue une image virtuelle en trois dimensions. 


Nouvelles découvertes 


Les premiers résultats de ces analyses révèlent des surprises : un des grands skyphoi contient une coupelle et un petit skyphos possède un objet difficile à définir.

L’une des coupelles entassées près des pieds de la défunte présente un petit anneau en bronze, le cinquième issu de la tombe.

Cet anneau est le seul élément restant d’un contenant en matériau périssable, tissu ou vannerie par exemple, depuis longtemps disparu.

Enfin un alabastre contient une tige de métal. Peut-être une l’aiguille à parfum ou en onguent... 


Les recherches vont prochainement se tourner sur les deux miroirs exceptionnels en bronze et à manche d’os. Très abimés par les siècles, ils pourraient révéler quelque scène de bain ou de déesse.

L’anthropologue de l’Inrap, Catherine Rigeade, travaille au dégagement de la sépulture de culture étrusque (datée du IVe siècle avant notre ère). Un riche mobilier (œnochoés, skyphoï, etc.) est entreposé autour de la défunte. © Roland Haurillon, Inrap

L’anthropologue de l’Inrap, Catherine Rigeade, travaille au dégagement de la sépulture de culture étrusque (datée du IVe siècle avant notre ère). Un riche mobilier (œnochoés, skyphoï, etc.) est entreposé autour de la défunte. © Roland Haurillon, Inrap

En Corse, les archives terrestres constituent un ensemble patrimonial particulièrement emblématique et vulnérable.

Leur étude et leur préservation justifient des mesures de conservation adaptées mis en place depuis plusieurs années.

Les moyens humains et financiers sont aujourd’hui sans précédent. Ils contribuent aussi au renouvellement des connaissances sur le passé le plus lointain de l’île jusqu’à la période moderne.

Sous la responsabilité de l’État (Drac), l’archéologie préventive en Corse liée à l’aménagement du territoire est aujourd’hui comparable à celle de certaines régions métropolitaines.

Elle permet de renouveler nos connaissances sur l’histoire de l’ile et de sensibiliser le grand public à travers la valorisation des résultats au sein de ses quatre musées d’archéologie labellisés musée de France. 


L’Inrap, en étroite collaboration et sous le contrôle scientifique et technique de la 
Drac réalise de nombreuses opérations archéologiques en Corse depuis plusieurs années.

Pour conforter son activité, l’Inrap y a donc ouvert un nouveau site opérationnel et de recherches à Vescovato (Haute-Corse) à l'hiver 2018.

 

 

 

Source : Corse Net Infos. Par C.-V. M.

Le 22 Avril 2020.

Poteries, objets en bronze et miroir en cours d'exhumation dans une tombe étrusque © Denis Gliksman

Poteries, objets en bronze et miroir en cours d'exhumation dans une tombe étrusque © Denis Gliksman

UNE NÉCROPOLE ÉTRUSQUE ET ROMAINE.
 
Située à quelques centaines de mètres de la cité antique, bordée de voies de circulation romaines, la fouille de la nécropole s’étend sur un hectare. L’état de conservation des sépultures est remarquable, l’acidité des sols en Corse entraînant habituellement la destruction des ossements. Plusieurs pratiques funéraires sont représentées : inhumations en fosse, en coffrage de maçonnerie, sépultures en coffrage de bois cloutés, bûchers funéraires, etc. Les sépultures ont délivré un impressionnant mobilier de prestige : plus de deux cents objets dont une centaine de vases complets, datés du IVe siècle avant notre ère jusqu’au IIIe siècle de notre ère.
 
 
 
 
 
 
Tombe étrusque, avec, au premier plan, les marches et le couloir conduisant à la chambre funéraire initialement creusée dans la roche. © Denis Glicksman, Inrap.

Tombe étrusque, avec, au premier plan, les marches et le couloir conduisant à la chambre funéraire initialement creusée dans la roche. © Denis Glicksman, Inrap.

UN HYPOGÉE
Parmi l’enchevêtrement de sépultures, les archéologues de l’Inrap viennent de mettre au jour une tombe étrusque en hypogée, une chambre funéraire souterraine, généralement destinée à des personnages de haut rang. Ce modèle de tombe à chambre avec un couloir n’a pas été mis au jour en France depuis plus de quarante ans.
 
Une volée de marches débouche sur un couloir de 6 mètres de long, donnant accès à la chambre funéraire. À plus de deux mètres de profondeur, celle-ci est encore intacte, obturée par un amas d’argile, de tessons, de cailloux et de charbons. Les archéologues émettent l’hypothèse que ce scellement a été ouvert puis colmaté à plusieurs reprises, afin de déposer dans la chambre de nouvelles offrandes, voire de nouveaux défunts. La position de l’hypogée au sein de la nécropole a nécessité de fouiller au préalable les sépultures contigües. L’effondrement naturel du plafond et le colmatage de la chambre au fur et à mesure du temps, ont contraint l’équipe de l’Inrap à la fouiller depuis son sommet.
 
À ce jour, la fouille de ce caveau rectangulaire d’un mètre carré a livré plusieurs artefacts dont trois coupes à vernis noir et l’anse d’une probable œnochoé. Deux skyphoi, sorte de gobelets à grandes anses, ont été découverts à proximité du crâne d’un individu. Tous ces vestiges sont actuellement au-dessus du niveau de sol de l’escalier. Le mobilier permet d’attribuer cette sépulture au IVe siècle avant notre ère, mais la poursuite de la fouille et les études à venir répondront aux questions encore en suspens.
Bague à chaton présentant un petit animal (écureuil ?) jouant avec une pelote. Elle a été découverte sur le pubis du défunt. Une monnaie y avait aussi été déposée. Fin du Ier siècle – début du IIIe siècle.      © Pascal Druelle

Bague à chaton présentant un petit animal (écureuil ?) jouant avec une pelote. Elle a été découverte sur le pubis du défunt. Une monnaie y avait aussi été déposée. Fin du Ier siècle – début du IIIe siècle. © Pascal Druelle

LA PRÉSENCE ÉTRUSQUE EN CORSE
Par sa position centrale en mer Tyrrhénienne, le long des routes maritimes entre la Ligurie et le Sud de la France, la Corse a été l’objet d’intérêts commerciaux grecs, étrusques et carthaginois. Vers 540 avant notre ère, la bataille d’Alalia (nom grec d’Aleria) change radicalement les équilibres politiques en Méditerranée occidentale (cf. Hérodote, Diodore de Sicile). Le commerce maritime, partagé entre Étrusques, Phocéens et Carthaginois, se ferme à l’intérieur de zones exclusives, désormais réglementées. D’après les sources historiques, la façade orientale de la Corse semble alors rentrer dans la sphère d’influence étrusque. Entre 500 avant notre ère et la conquête romaine de l’île (259 avant notre ère) Aleria témoigne, non seulement des relations privilégiées avec l’Étrurie, mais également de la présence stable d’une population étrusque.
Boucles d’oreilles découvertes dans une sépulture de brique livrant aux pieds du sujet dans un espace quadrangulaire (possiblement un coffret en bois ou une ciste en osier) les éléments d’un collier de perles en verre et deux perles tubulaires en or. © Pascal Druelle

Boucles d’oreilles découvertes dans une sépulture de brique livrant aux pieds du sujet dans un espace quadrangulaire (possiblement un coffret en bois ou une ciste en osier) les éléments d’un collier de perles en verre et deux perles tubulaires en or. © Pascal Druelle

UN BERCEAU HISTORIQUE
Les travaux menés par Jean et Laurence Jehasse dans les années 1960 sur la butte de Masselone à Aleria avaient mis en évidence la ville romaine autour d’un forum et d’un amphithéâtre. Plus au sud, l’exceptionnelle nécropole de Casabianda, de culture étrusque (entre c. 500 à 259 avant notre ère), avait été classée au titre des Monuments Historiques. Il s’agissait alors d’un des plus riches ensembles funéraires étrusque connus hors d’Italie. Le remarquable mobilier qui y fut collecté à l’époque (4510 objets dont 345 vases attiques, des équipements militaires de guerriers étrusques, etc.) est partiellement présenté au sein du musée de site d’Aleria. Après de nombreuses années d’interruption, des programmes de recherches viennent de prendre un nouvel essor sous l’égide de l’État (DRAC) et de la Collectivité de Corse, notamment par la mise en place d’un projet collectif de recherches sur Aleria et son territoire rassemblant plus de 70 chercheurs (Ministère de la culture, Inrap, Universités, CNRS, etc.).
 
Source : Inrap.
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