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Corse Images et Histoire

Corse Images et Histoire

Découverte de la Corse : ses paysages, sa Culture, son Histoire, sa Langue.

DE PASCAL PAOLI À MARIA COSWAY. 1782-1803.

 Maria Cosway : Autoportrait datant de 1787.

Maria Cosway : Autoportrait datant de 1787.

Maria Cosway », née Hadfield, est une italo-anglaise, artiste quelque peu fantasque, originaire de Florence où ses parents tenaient un hôtel fréquenté par la meilleure société anglaise en villégiature dans la Toscane des Habsbourg-Lorraine.

Les lettres écrites par Pascal Paoli, permettent  de prendre la mesure du rayonnement de cette « grande dame » à laquelle s’est attaché le Général qui l’a rencontrée à Londres lors de son premier exil consécutif à la défaite des « patriotes » corses à Ponte Novo  en 1769.

Le premier billet date d’avril 1782.

Une première série de lettres adressées à celle qui entre-temps est devenue l’épouse du célèbre et clownesque peintre Cosway en vogue dans la high society londonienne et en cour auprès du prince de Galles.

Elles nous permettent de découvrir, dans ce monde cosmopolite, un Paoli sous un jour inhabituel imputable aux circonstances : l’homme est, on le sait, reçu en Angleterre en héros, adulé comme il l’a été par les têtes couronnées tout au long de son parcours, auréolé par l’image à l’antique façonnée par son ami Boswell qui l’accueille, continue à vanter ses louanges et l’introduit dans la meilleure société londonienne auprès de laquelle le roi Georges III l’a comme adoubé.

Nous le voyons, désœuvré, s’installer dans une vie dorée faite de loisirs et de rencontres mondaines : invitations, théâtre, musique, peinture, conversazioni, fréquentation de la Literary Academy où il côtoie le Dr Johnson, expositions de la Royal Academy, villégiature à Bath, lectures éclectiques qui reflètent et approfondissent  une large culture où on retrouve en bonne place les auteurs italiens, Machiavel, Le Tasse, Métastase, Vittorio Alfieri et les grands noms de l’Antiquité, grecque plus que romaine, qui lui permettent d’émailler cette correspondance privée de références à la mythologie, dans le goût du temps.

Un Pascal Paoli gentleman se livrant au genre de l’amour courtois dans les billets galants qu’il adresse à « la dixième muse » ; certains sont bien tournés, d’autres sont insipides et leur auteur est le premier à en avoir conscience.

« l’Italie est notre patrie » lui écrit-il et par son entremise, ses relations et les séjours qu’elle continuera à faire dans la péninsule, il entretient le souvenir de sa chère Toscane, rêve encore de la Naples de son adolescence et aspire à connaître Venise.

C’est sur ce registre italien que leurs relations se prolongent alors que Paoli renoue avec la Corse en 1790 jusqu’en 1795, date de son « second exil » lorsque, répondant à l’appel comminatoire de Georges III, il quittera à nouveau sa terre natale pour un séjour définitif à Londres qui durera douze ans.

Peu de choses sur cette seconde expérience de vie active en Corse où il donne déjà l’impression d’une grande lassitude, aspirant au repos, loin de ce « lieu inhospitalier » de Corte où sa fonction de président du Conseil général le retenait encore à la veille de l’expédition de Sardaigne qu’il eut la lourde tâche de préparer en tant que responsable de la 23e division militaire.

Une fois de retour à Londres, sans que jamais le ton de cette correspondance galante ne s’altère, on sent l’homme vieillir, prendre de plus en plus de recul par rapport à un monde sur lequel il n’a plus prise, soucieux plus que jamais de sa santé et des petites misères qui le tracassent et dont il s’ouvre parfois lourdement auprès de sa correspondante.

La futilité des propos, l’insignifiance des « nouvelles » et des potins dont il se fait l’écho ne sont pas d’un grand intérêt, mais sans doute se plie-t-il à ce qu’il croit que Maria attend de lui, tout comme la part des lettres et des arts, allusive et superficielle, ne s’explique que par l’interlocutrice à laquelle il s’adresse et qui n’apparaît qu’» en creux » dans ces lettres.

Paoli  apprend ce qui se passe en république romaine en 1798 à propos des insurgenze des Trasteverini lorsqu’à Rome, comme à Livourne et ailleurs en Italie, les colonies juives, pro-françaises et s’affichant volontiers comme giacobini devinrent les bouc-émissaires des Viva Maria instrumentalisés par le clergé romain.

Relevons au passage cette constante bienveillance de Paoli pour « le peuple élu » dont il rapprochait le sort de celui de ses compatriotes.

Au temps de la Crocetta et des mouvements contre-révolutionnaires de 1797-1798 en Corse,  Paoli entérine les raisons données par les insurgés de leur mécontentement, à une époque où l’on croyait encore dans certains milieux opposants à la république au retour de Paoli.

En fait l’heure est au fatalisme et il se confirme que le vieux général a renoncé, par une impuissance étroitement liée aux conditions de son exil, à peser sur les événements.

Certes la Corse demeure son premier souci, son seul souci « politique », comme il en a toujours été, mais il semble prendre son parti du nouveau cours des choses avec philosophie plus qu’avec résignation.

Est-ce « en réponse » à sa correspondante partiellement élevée dans un couvent et qui, sur le tard, revient à la religion, que Paoli se laisse aller à des méditations métaphysiques qui ne sont pas de nature à modifier sensiblement ce que l’on savait de lui sur ce chapitre ?

Ou faut-il prendre à la lettre ce que lui-même analyse comme la tendance naturelle d’un homme qui vieillit et qui s’interroge sur l’Au-delà  alors qu’il n’a plus de rôle à jouer sur  cette terre ?

L’expérience de Maria qui trouvera quelque apaisement à œuvrer pour un collège d’éducation pour jeunes filles, d’abord à Lyon, mais en vain sous la protection du cardinal Fesch, puis à Lodi, avec plus de réussite grâce à l’amitié que lui porte Melzi d’Eril, ne trouve-t-elle pas écho dans l’attachement de Paoli à tester en faveur de la jeunesse insulaire pour la renaissance de l’université de Corte ?

Les deux démarches procèdent de la pratique culturelle du legs pieux.

Même allusifs ou précisément parce qu’allusifs, les propos que tient Paoli sur son île natale, ses compatriotes, sur Bonaparte et sa famille relèvent de cette sagesse avec laquelle il prend acte du nouveau cours des choses.

Ferme sur l’image noire qu’il a gardée des Montagnards, il veut croire à une France qui, sous Bonaparte, semble renouer avec les espoirs de « liberté » et de « bonnes lois » auxquels il avait adhéré en 1790, mais il est fier aussi, et c’est là un trait identitaire, qu’un compatriote, par la place qu’il occupe au sommet de l’État, ait vengé les affronts subis autrefois par la Corse et les Corses (notons que ce sera aux mêmes accents « vengeurs » de l’Ajaccienne que quelque cinquante ans plus tard ses compatriotes célébreront le « retour des exilés » !)

S’agit-il de ses petits-neveux qu’il recommande auprès de Fesch par l’entremise de Maria Cosway en séjour à Paris en 1802, au temps où de part et d’autre de la Manche on célébrait « la paix » d’Amiens, il souhaite qu’» ils reçoivent leur instruction en France » considérant qu’» étant donné que la Corse est maintenant unie à la France il faut qu’ils aient des études et des habitudes à la française ».

Nous savions déjà  par d’autres lettres de Paoli écrites à des compatriotes de son proche entourage le dépassement qu’il sut faire des durs affrontements qui l’avaient opposé aux Bonaparte.

Sa correspondance avec Maria Cosway et les annotations que celle-ci apportera plus tard aux mémoires d’Antonmarchi confirment cet état d’esprit du vieux général des Corses envers une famille qu’il a fréquentée et aimée et il se remémore son « bon ami » Charles et la petite Pauline, sa « favorite », qui lui avait fait les honneurs de la maison Bonaparte à Ajaccio à son retour d’exil.

Aucune flagornerie dans ces propos car, tout aussi bien, Pascal Paoli garde sa dignité lorsque, toujours par l’entremise de Maria Cosway et de Fesch, il ne donne pas suite à l’offre que lui a transmise le Premier Consul de faire la demande d’être rétabli dans ses droits de citoyen français dans des conditions qui, il est vrai, étaient par trop humiliantes.

Ces confidences et ces prises de position faites au temps du Consulat, au cours de l’éphémère « entente cordiale » entre France et Angleterre dont la correspondance de Paoli est un intéressant révélateur, donnent un relief à ces « lettres et documents ».

Source : Francis Pomponi. Pascal Paoli à Maria Cosway, Lettres et documents, 1782-1803

Référence(s) :

Francis Beretti (éd.), Pascal Paoli à Maria Cosway, Lettres et documents, 1782-1803, Oxford, Voltaire Foundation, 2003

 

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